Sarkozy ou le retour de l’homme politique

France's President Nicolas Sarkozy delivers a speech after the weekly cabinet meeting at the Elysee Palace in ParisAvec 65%, Sarkozy revient à la tête de l’UMP seulement deux ans après l’avoir quitté. Ce retour n’a rien d’étonnant pour un personnage qui a la politique, telle qu’elle est faite aujourd’hui, dans le sang. Comme un artiste, qui ne quitte jamais vraiment la scène, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas ne pas revenir après la déception passée de l’élection présidentielle de 2012. Il a su habilement manœuvrer pour se rendre indispensable et se donner une image d’icône.

On se plait à dire que l’UMP qui se rattache à la droite bonapartiste tout comme le FN, avait besoin de son sauveur qui deviendrait le chef incontesté. Depuis 2012, l’UMP ne l’a jamais trouvé si on se souvient de la guerre fratricide que se sont livrés copéistes et fillonistes. Cet événement qui a mis l’UMP au bord de l’implosion était rêvé pour un Sarkozy qui devait déjà avoir son retour dans un coin de la tête mais qui a eu l’intelligence de ne pas dévoiler trop tôt son jeu et de rester dans la mesure du possible en arrière pour créer le désir de son retour chez les militants. Pour l’occasion, Sarkozy a été souvent cité comme un arbitre mais cela ne s’est jamais concrétisé et le problème s’est réglé sans lui. En effet, quoi de mieux pour un homme politique que de se voir appeler par ses pairs ! Si certains leaders de l’UMP ne voulaient plus en entendre parler, leurs divisions n’ont pas pu permettre de faire émerger un autre leader. Les militants étaient agacés et attendaient d’avoir un vrai leader, qui rendrait l’opposition plus efficace. Il faut remarquer que Sarkozy, habile communicant, a su rendre à son avantage des éléments de prime abord négatifs.

Si Sarkozy était détesté par la majorité de l’opinion publique à la fin de son mandat, aujourd’hui son successeur fera sans aucun doute pire. C’est d’autant plus problématique pour François Hollande, qu’il a en majorité appuyé sa campagne sur une opposition à la politique de Sarkozy. Désormais la comparaison ne cesse de se faire par les électeurs ou bien par les journalistes. Ce qui aurait dû être un atout est désormais un poison. Du côté de l’UMP, Sarkozy est devenu le symbole de la haine des socialistes vis-à-vis de la droite. Alors que l’ancien président est cité dans de nombreuses affaires, là encore Nicolas Sarkozy a su habilement communiquer pour en faire un atout en se donnant une posture de victime d’un acharnement alors qu’il se dit innocent. Si cela ne convaincra pas ses traditionnels adversaires, ce discours porte au sein des militants UMP d’autant plus que la justice-spectacle avec sa garde à vue lui a permis de jouer l’indignation et d’occuper le terrain médiatique. Il aurait pu être plus impliqué dans l’affaire Bygmalion, c’est au final un de ses proches lieutenants qui a accepté d’endosser la responsabilité : Jean-François Copé. Le tout arrive dans un contexte où les socialistes ne sont pas non plus épargnés par les affaires.

Nicolas Sarkozy sait maîtriser deux éléments essentiels dans la politique politicienne : l’image et la communication. Tout est calculé et rien n’est laissé au hasard. Il suffit de voir l’active campagne menée sur les réseaux sociaux même avant l’annonce de son retour. Au soir de sa défaite, ses proches lieutenants créaient l’association des Amis de Nicolas Sarkozy, formidable « lobby » au sein de l’UMP si on peut employer cette expression. Même absent, son image continuait de planer dans la politique française. Dans un contexte de crise, les militants attendent l’homme sauveur et rassembleur et ce costume va très bien à Nicolas Sarkozy, qui l’a bien compris !