Euthanasie: le débat s’annonce déjà compliqué 

Le gouvernement de François Hollande a au moins retenu une leçon du débat sur le mariage homosexuel. Il veut éviter à tout prix la précipitation pour ne pas se trouver face à un fort mouvement de rue qui n’a plus vraiment cessé depuis son apparition. C’est ainsi que, malgré la réticence de certains, on a eu une consultation nationale sur le site de l’Assemblée Nationale quant à la fin de vie puisque le gouvernement veut légiférer dessus.

Jeudi dernier, un colloque s’est tenu sur le sujet au Sénat dont le site Public Sénat a fait un compte-rendu. Ce colloque a rassemblé partisans et opposants ainsi que politiques et notamment les deux parlementaires chargés du dossier par François Hollande: Jean Leonetti (UMP) et Alain Claeys (PS).  Parmi les associations, on pouvait trouver l’Association de protection des soins palliatifs contre l’euthanasie (APSPE) et bien sûr l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (Admd).  Non citée, il ne semble pas que l’association Alliance Vita était présente. Cette dernière, par l’intermédiaire de son porte-parole Tugdual Derville , a rencontré mercredi dernier Christian Kert, Vice-président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, pour en parler.

Dans ce colloque, l’Admd a préféré prendre une position de victime déclarant qu’on avait écarté tous ceux qui auraient pu défendre l’euthanasie alors que la majorité gouvernementale leur semble plutôt favorable. En tout cas, l’association ne veut pas entendre de suicide assisté mais bien d’euthanasie. Cependant la loi se dirigerait vers une « sédation profonde et continue jusqu’au décès ». Par ce choix, la France ne veut s’aligner sur une législation comme en Belgique. Mais  le corps médical émet des doutes quant à ce choix comme pour le docteur Bernard Devallois car il supprime la conscience et la vie relationnelle et qu’à dose élevée, la sédation est irréversible. Quant au docteur Daniel Carré, il y voit une forme d’hypocrisie car entre « la sédation profonde et continue » et un « protocole de mort rapide « « la différence se fait sur le temps ». Mais il pointe sévèrement « les situations dramatiques de dérives en Belgique », ce que tout le monde veut éviter.

La foule très nombreuse pour suivre ce colloque, montre l’importance du sujet et que le débat sera passionné et compliqué entre opposants et partisans mais aussi sur les modalités d’application de la loi. Alliance Vita, en collaboration avec « Soulager mais pas tuer », exige de son côté la généralisation d’un droit d’accès aux soins palliatifs. La Manif Pour Tous ne semble pas encore s’impliquer dans ce domaine. Elle est occupée par le Forum International pour l’abolition de la GPA le 8 mars prochain.