Dieudonné, apologie du terrorisme : la France est-elle dans une impasse ? 

On pensait l’avoir oublié mais le voilà de retour ! Une fois de plus, la France va assister à une passe d’armes entre Dieudonné et le gouvernement. Ce dernier se met à chaque fois dans une situation impossible car celui qui est gagnant, c’est bien l’humoriste. Le gouvernement n’a pas voulu laisser passer l’occasion en plein contexte d’émotion et d’hystérie collective où la raison, le recul n’ont plus leur place. Les français attendent des actions et le gouvernement va leur en donner, au risque d’aggraver la situation déjà compliquée.

Comme le soulignait Vincent Tournier sur le site Atlantico, Dieudonné piège à chaque fois le gouvernement en le prenant à son jeu et en le mettant face à une équation impossible. On sait depuis longtemps que le gouvernement français et Manuel Valls, en particulier, voudraient bien remporter une victoire définitive sur l’ennemi juré. En janvier dernier, l’ex-ministre de l’Intérieur a certes gagné sur le plan juridique, bien que difficilement, mais il a perdu dans l’opinion publique en mettant en branle tout l’appareil d’État à grande vitesse. Les salles où se produit l’humoriste sont toujours aussi pleines. Avec cette nouvelle affaire ainsi que l’annulation de spectacles dans plusieurs villes, on va assister de nouveau à un regain de popularité de Dieudonné surtout s’il venait à être condamné. Ce dernier l’a dit : il n’a pas peur de la prison et pour cause, plus le gouvernement le réprime plus il est populaire même dans certains milieux où on le détesterait en temps normal. Le gouvernement s’est mis dans une mauvaise posture comme le dit si bien encore une fois Vincent Tournier : « Si le gouvernement pensait en avoir terminé avec Dieudonné, il se trompe. Il va au contraire revenir encore plus fort car il peut enfoncer le doigt là où ça fait mal. Il peut jouer les naïfs en réclamant pour son propre compte les grands principes de la démocratie qui viennent d’être consacrés dans une sorte de plébiscite improvisé. » La réalité, c’est que nos démocraties se sont toujours dites défenseurs de la liberté d’expression mais qu’elles savent difficilement en définir les limites. Le gouvernement français semble dépassé par les derniers événements dans sa réponse idéologique et juridique à apporter.

Ces derniers jours ont vu en France de nombreuses condamnations pour apologie du terrorisme à des peines de prison ferme qui sont allées jusqu’à quatre ans fermes, parfois envers des adolescents ou des jeunes. Tout à coup, les circonstances atténuantes et le laxisme ont disparu mais il est déjà trop tard. Comme si certains français avaient retournés leur veste, ils se félicitent de ces lourdes condamnations, la réponse qu’ils attendaient. On n’aurait jamais pensé voir ça avec Christiane Taubira comme ministre de la Justice mais les circonstances  l’y a contrainte. En revanche, on peut douter sur l’efficacité de telles mesures car il est très difficile de pouvoir juger du sérieux d’une parole qui peut-être lancée comme une bravade envers la société ou un défi. Le risque de les voir se radicaliser encore plus est bien réel. On ne rattrape pas par une peine de prison des années et des années d’échec de politique et d’éducation. Il est déjà trop tard et quoique le gouvernement fasse, il est dans une impasse. La répression entraîne la radicalisation ou bien le rejet. Ne rien faire n’est pas non plus la solution mais on ne va pas non plus faire des camps de rééducation. Nos démocraties vont-elles tourner au totalitarisme ? Ce serait le comble. Mais comment faire sentir à ces jeunes qu’ils sont français si on n’enseigne plus l’histoire de France, si nos élites ne savent plus dire ce qu’est la France et nous culpabilisent sur notre passé ? On conviendra que cela semble difficile. Réprimer, c’est déjà un échec idéologique.

Le gouvernement français se trouve désormais dans une posture délicate entre Dieudonné et les actes d’apologie du terrorisme. Il est sur le point de faire de Dieudonné, un autre emblème de la liberté d’expression.  Il a choisi la confrontation avec les risques que cela comporte mais dont l’issue est pour le moins incertaine parce que le problème ne relève pas que de la justice comme certains voudraient le croire, mais il est aussi idéologique et culturelle et sur ce dernier point, nos élites ont failli ces dernières années. C’est pour cela qu’il faut se garder de faire des propositions à tort et à travers. Il est sans doute déjà trop tard pour certains et c’est bien pour cela que le gouvernement est dans une impasse !