Vigilant Guardian, prisons, OPEX: l’opérationnalité de l’armée belge en péril 

photo defensie.be

Des militaires belges de l’opération Homeland en 2016 (photo mil.be)

Alors que l’armée belge est dans les rues depuis plus d’un an dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian (ou opération Homeland), le gouvernement belge a décidé en fin de semaine dernière d’envoyer des militaires belges en renfort dans les prisons alors que les gardiens sont en grève depuis plusieurs jours. Des militaires belges sont également chargés de la surveillance des centrales nucléaires. Prochainement un détachement de 70 militaires, dirigé par le Bataillon Bevrijding – 5 Linie de Bourg-Léopold, doit partir pour le Mali pour protéger les instructeurs de la mission EUTM Mali et remplacer le détachement sur place.

Au départ, le gouvernement a mobilisé 40 militaires mais depuis mercredi, ils sont 120 à avoir été réquisitionnés et personne ne sait quand la mission va se terminer alors qu’elle ne devait durer que 48H. Pour les syndicats militaires, les militaires belges ne sont pas des « bouches-trou ». La SLFP ne veut pas que l’armée devienne briseur de grèves du gouvernement:« Les militaires sont formés pour affronter des situations de crise, mais celles-ci ne cadrent pas avec le remplacement de gardiens de prison en  grève. La réquisition de la Défense par le gouvernement pour porter aide à la Nation a son prix. La Défense est elle aussi au bout du rouleau », s’indigne le syndicat dans un communiqué. Les syndicats militaires ont rencontré lundi le ministre de la Défense Steven Vandeput  mais ils n’ont pas été convaincus par le ministre. Pour Patrick Descy, secrétaire permanent à la CGSP-Défense, les missions de l’armée sont en danger : »Si on utilise les militaires pour faire le travail des autres, nous devons alors supprimer des entraînements et nous pourrions annuler certains missions. »

Avec cette dernière décision gouvernementale, les cris d’alarme se font de plus en plus pressants. Le patron de la Composante Terre de l’armée belge, le général-major Jean-Paul Deconinck, est alarmiste: « J’ai dû tailler dans les entraînements pour pouvoir garantir les 1.800 hommes déployés aujourd’hui dans l’opération Homeland (…) Je ne peux plus garantir l’entraînement générique qui permet d’avoir – en stand-by, en permanence – deux compagnies ou un bataillon interarmes. Cela, on oublie ! » Les chiffres sont en sa faveur. D’après un document interne, 11 des 44 missions menées à l’étranger par l’armée belge sont compromises, dont des missions de maintien de la paix et des exercices de l’Otan. Quatre auraient déjà été supprimées. La raison: plus de 1.600 soldats travaillent en renfort de la police et dans les prisons, rapportaient mardi Het Laatste Nieuws et De Morgen.

Des militaires belges au Mali en octobre 2015 (photo defensie.be)

Des militaires belges au Mali en octobre 2015 (photo mil.be)

Les conséquences et les répercussions de cette mobilisation exceptionnelle de l’armée belge en 2015/2016 sont multiples. Selon le bulletin de la  CGSP de mars-avril 2016, l’opération Vigilant Guardian va empêcher des militaires de prendre leur quota légal de jours de congé de 2015 avant la date fatidique du 30 avril 2016: « Pour l’État-major, l’arrivée de la période juillet-août 2016 représente un véritable casse-tête. Trouver des effectifs pour répondre à la demande démesurée du gouvernement dans le cadre de la mission OVG, tout en assumant nos missions extérieures, relèvera du tour de force », ajoutant plus loin, « 1.828 militaires dans les rues, cela fait au moins 5.500 personnes qui ne peuvent plus participer à des OPEX. » Ces lignes étaient écrites avant la dernière réquisition du gouvernement qui ne va pas arranger une situation déjà compliquée.

L’armée belge compte 30.000 hommes environ mais les nombreuses opérations ne lui laissent plus beaucoup de marge de manœuvre d’autant plus que le budget est serré et qu’elle ne peut pas énormément recruter. Elle n’aura jamais autant sollicitée que depuis janvier 2015, une sollicitation qui pourrait mettre en péril sa capacité opérationnelle et son savoir-faire.  Ces problématiques ne sont guère différentes que celles de l’armée française avec l’opération Sentinelle.

Les principales opérations de l’armée belge en chiffres au 11 mai 2016:

Opération Vigilant Guardian ou opération Homeland: entre 1.576 et 1.800 hommes

Sites nucléaires (surveillance) : entre 58 et 140 hommes

Prisons (soutien humanitaire) : 120 hommes

Afghanistan (OTAN): 59 hommes

Irak (Desert Falcon): 30 hommes

Mali (EUTM) : 70 hommes

Congo (EUSEC RD Congo) : 34 hommes