Une opération Sangaris très traumatisante pour les militaires français

Deux médias français ont publié un sujet sur les militaires français en Centrafrique et l’impact psychologique, un phénomène déjà évoqué. En septembre dernier, un blog de défense faisait état de la mise en place d’un sas de décompression à Dakar de trois jours pour les militaires français de l’opération Sangaris. A l’époque, le général de corps d’armée Arnaud Sainte-Claire Deville, commandant des forces terrestres à Lille, n’avait pas de chiffres sur le phénomène de TSPT (stress post-traumatique) : »Une analyse demande beaucoup de recul avant de pouvoir tirer des conclusions valables. Avec Sangaris, nous sommes encore sur des effectifs faibles. Nous n’avons pas assez d’éléments pour savoir si on a plus ou moins de cas qu’en Afghanistan. Mais si on a relancé le sas, c’est qu’on l’estime nécessaire.  » Un récent rapport des deux députés Olivier Audibert-Troin pour l’UMP et Emilienne Poumirol pour le PS estime à 12%, le pourcentage de soldats français de l’opération Sangaris touchés par le stress post-traumatique.

France Info et BFMTV ont publié des témoignages de soldats marqués par une OPEX qui comme celle du Mali est occulté médiatiquement par la lutte contre l’État Islamique en Irak. On a celui de Sylvain, un jeune fantassin d’une vingtaine d’années que la mission en Centrafrique a changé: « On a été surpris. On ne s’attendait pas à ça. C’était quotidiennement des corps sans tête repêchés dans le fleuve, ou retrouvés calcinés au bord de la route, même des enfants. Des personnes mutilées à coup de machettes par la foule en rage qui venaient vers nous pour trouver du secours. Tout cela, c’était monnaie courante. Est-ce qu’à 19 ou 20 ans, même si on est militaire, on est prêt à voir ça et à l’encaisser. C’est une question que je me pose. Pour moi, ça fera à jamais partie de mon quotidien. J’y pense très souvent, et je me pose la question de l’utilité de ce qu’on a fait. Est-ce que tout cela avait un sens, un but…. je ne suis pas sûr » Alexandre, lui, raconte la différence avec l’Afghanistan:« La grosse différence se situe au niveau de la logistique. En Centrafrique, la France était toute seule à intervenir alors qu’en Afghanistan, on avait le soutien des Américains. C’était beaucoup plus organisé, il y avait plus d’appui. Alors qu’en Centrafrique, c’était ‘à l’arrache’, lors de la plupart des missions on était livrés à nous-mêmes et si jamais il se passait quelque chose on ne pouvait en tenir qu’à nous pour s’en sortir »