Troyes, Bastia : l’exemple lensois rendrait-il la DNCG plus prudente ? 

Avant-hier, on a eu le deuxième coup de théâtre de l’intersaison du championnat français avec la rétrogradation en L2 du SC Bastia par la DNCG (la direction nationale de contrôle de gestion), qui n’a voulu prendre en compte le futur transfert du bastiais Ryad Boudebouz à Montpellier. Auparavant, la DNCG avait déjà interdit de montée en L1 le club troyen pour un manque de 5 millions d’euros dans le budget du club. Ce dernier avait bien des promesses de vente mais elles n’étaient pas encore concrétisées. Les deux clubs vont faire appel de cette décision et a priori on devrait bien les voir l’année prochaine en L1 mais depuis l’exemple de Luzenac l’année dernière, on n’est plus sûr de rien. Tout le monde voulait éviter d’ailleurs un nouveau feuilleton Luzenac ou RC Lens, qui avait occupé très largement l’espace médiatique sportif l’année dernière, mais on pourrait être bien reparti pour un nouveau.

Toute la saison dernière, le RC Lens a tenu en haleine le football français, qui se demandait si le club allait pouvoir aller au bout financièrement. Nous avons déjà consacré un très long article aux conditions de son autorisation de montée en L1, pour le moins très limite et basé sur un virement de 4 millions d’euros dont la première moitié n’est arrivée qu’en décembre. On se souvient que la DNCG s’était opposée à sa montée et que c’était le comité exécutif de la FFF, qui l’avait permise. À cette époque, le patron de la DNCG, Richard Olivier, était très sceptique sur l’avenir du RC Lens dans une interview à L’Équipe le 12 août 2014 : « les faits nous ont toujours donné raison. » Il a été le plus critique sur le dossier lensois. Relégué et en grandes difficultés financières, le RC Lens réussit à ne pas descendre plus bas et se maintient en L2. Néanmoins, sa masse salariale est encadrée et son recrutement limitée et le club risque de végéter en L2 voire de lutter pour son maintien. L’un des clubs les plus populaires du Nord peut compter sur le soutien des politiques, ce qui l’a sans doute sauvé. C’est pourquoi les déboires du club lensois pourraient bien inciter la DNCG à une plus grande prudence envers les autres clubs et à ne plus se fier à des promesses. C’est aussi l’occasion de faire la leçon à la FFF.

Toutefois la temporaire descente de Bastia et le maintien en L2 de Troyes ne peuvent être seulement imputables à Lens. Les difficultés financières des clubs français semblent de plus en plus criantes. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les mouvements du mercato : des départs à prix d’or et des arrivées à moindre coût. En France, on vend et surtout vers l’Angleterre. Il faut sans cesse combler les déficits, issus parfois de mauvaises gestions. Seul Paris fait exception et Monaco dans une moindre mesure. Lens n’est sans doute pas le seul club sur la corde raide financièrement. De plus, les clubs français ont dû mal à trouver des investisseurs fiables. Le RC Lens n’a pas fini de payer les conséquences de son choix d’Hafiz Mammadov.comme actionnaire majoritaire. Le Havre est allé chercher un investisseur avec de l’argent fantôme : Christophe Maillol. Le mirage du grand stade lillois a bien vite disparu. Ne parlons pas du nouveau stade niçois, dont le coût aurait explosé mais dont le financement est en grande partie issu d’un partenariat privé-public. C’est toutefois un gouffre financier pour le club qui doit non seulement le remplir mais payer une location plus importante à la ville que pour son ancien stade. Marseille paie des transferts coûteux de joueurs dont la valeur a baissé. On se souvient également du conflit qui l’a opposé à la ville pour l’augmentation de la location du Vélodrome, suite à sa rénovation. Bordeaux se maintient et Saint-Étienne essaye de construire une politique cohérente sur le long terme en demandant à ses supporters de patienter. Seul Lyon, pour l’instant, s’en sort bien grâce au talent de gestionnaire de son président : Jean-Michel Aulas. Globalement, on est plutôt pessimiste dans le football français et l’heure n’est plus à la folie des grandeurs qu’ont payée chèrement certains clubs. La DNCG ne veut plus de scénarios identiques à celui du Mans FC ou du CS Sedan-Ardennes.

Le football français se porte mal et la taxe à 75% n’est pas la seule explication de ses difficultés financières de plus en plus fortes. De nombreux clubs français sont menacés et la DNCG est là pour veiller à leur survie et donc de leur place dans la division qui convient à leurs finances. Dorénavant les montées dans une division supérieure ne sont plus acquises aussi suffisamment et le terrain n’est qu’une étape dans le processus. L’exemple lensois ne pousse certainement pas la DNCG à l’indulgence. Ses décisions vis-à-vis de Bastia et de Troyes en seraient une explication hypothétique. Il serait temps que les présidents de club aient une politique cohérente et arrêtent de faire des tests, en espérant que ça marche. Un club de foot n’est certainement pas une simple entreprise comme une autre. Son fonctionnement est différent. De ce côté-là, on ne peut pas trop le reprocher aux présidents de Bastia et de Troyes, qui paient les erreurs passées et présentes. Les transferts effectués, on peut espérer qu’on verra ces deux clubs l’année prochaine en L1 à la rentrée pour le 7 août !