Tour de France : tour d’horizon sur le cyclisme 

tour de france 2014Avec le Tour de France, le cyclisme comme chaque année revient sur le devant de la scène. Le cyclisme reste un marché lucratif mais peut-on parler de stars bling-bling ? En même temps sa médiatisation est très moyenne à part certaines courses phares grand public telles que le Tour de France. Pour le reste, cela intéresse surtout les fans de vélo. Aujourd’hui on connait l’équipe championne du monde de foot mais qui connait le nom du champion du monde du cyclisme sur route ? Le football et le rugby sont les deux sports les plus médiatisés en France, dont les diffuseurs se disputent les droits. Le cyclisme n’est pourtant pas non plus à plaindre. Organisation, financement des équipes, salaires des coureurs, notoriété, image, nous avons fait un tour d’horizon.

Les équipes cyclistes de haut niveau appartiennent à des sponsors, ce qui explique que parfois elles changent de nom. C’est la logique du naming, qui fait son apparition dans le football mais surtout pour les noms de stades. Les équipes vont et viennent avec plus ou moins de stabilité. Les sponsors se retirent si elles ne sont pas rentables. En 2013, l’équipe française AG2R-La Mondiale avait un budget d’environ 10 millions d’euros et a attiré 95,3 millions d’euros d’investissement publicitaire grâce à l’excellent Tour de France de l’équipe qui s’est illustrée. Le budget moyen d’une équipe pour le Tour de France 2015 est de 11 millions d’euros. L’équipe la plus riche est l’équipe britannique Team Sky avec 20 millions d’euros et la plus pauvre est l’équipe Bretagne-Séché Environnement avec 3,5 millions d’euros. On remarque que le budget de l’AG2R-La Mondiale a augmenté de 4 millions d’euros. En 2012, une étude de Sportlab montrait que le cyclisme continuait d’attirer les sponsors car c’est bénéfique pour leur image et en retombée financière. Parmi les équipes en danger, il y a l’équipe française Europcar qui compte des coureurs de renom comme Thomas Voeckler, Pierre Rolland et Bryan Coquard. Le manager Jean-René Bernaudeau cherche un nouveau sponsor, qui injecterait 5 millions d’euros par an, pour pallier au départ d’Europcar après 2015. L’équipe française FDJ est présente dans le monde cycliste depuis une vingtaine d’années. La société belge Quick-Step est dans le cyclisme depuis une dizaine d’années même si l’équipe a changé de nom : Quick Step-Davitamon, Quick Step-Innergetic, Quick Step, Omega Pharma-Quick Step et enfin Etixx-Quick Step. Ce système de sponsors fait qu’on a deux équipes Lotto sur le Tour de France 2015 : Lotto NL-Jumbo et Lotto Soudal. L’équipe Lotto NL-Jumbo est issue de l’ex-équipe Rabobank et est sponsorisée par la loterie nationale des Pays-Bas. Lotto-Soudal, elle, est sponsorisée par la loterie nationale belge. Pour les commentateurs, il ne faut pas se tromper dans les noms et les maillots. Il est donc encore plus dur de faire l’historique d’une équipe.

L’autre interrogation porte sur les salaires des coureurs-cyclistes, beaucoup moins médiatisés que ceux des « footeux ». La grille salariale est très contrastée car elle se base sur l’ancienneté, les

Alberto Contador et Chris Froome

Alberto Contador et Chris Froome

performances et l’expérience en plus des dotations des courses. On part de néo-pros, débutants avec 30.000 ou 40.000 euros bruts annuels aux meilleurs coureurs mondiaux et vainqueurs de grands tours au-dessus de 1,5 millions d’euros bruts annuels. Les leaders français touchent entre 500.000 et 800.000 euros. Le cycliste français gagne en moyenne 5.400 euros par mois. Certains touchent des smics, pas de quoi faire rêver ! Entre 2010 et 2011, les salaires des coureurs d’équipes du ProTour ont augmenté de 22%. Ceux qui s’en sortent le mieux sont les coureurs de renommée mondiale. En 2011, les frères Schleck touchaient 2 millions d’euros chacun par an. En 2011, Alberto Contador gagnait en 2011 4 millions d’euros par an chez Astana. Aujourd’hui, dans l’équipe Tinkoff-Saxo, son salaire n’a guère bougé. La dotation pour une victoire d’étape du Tour de France est de 22.500 euros. Le vainqueur du Tour de France empoche 450.000 euros. Le porteur du maillot à pois de meilleur grimpeur gagne 25.000 euros. Le porteur du maillot jaune touche 350 euros par jour. Quoique non officielle, la règle veut que les dotations soient partagées entre les coureurs de l’équipe du gagnant alors que le cyclisme est devenu de plus en plus un sport tactique et d’équipe. Malgré cela, on est loin de certains salaires de footballeurs même en L1. La situation d’un coureur cycliste peut-être parfois précaire surtout s’il ne fait pas partie des grands noms, qui ne sont pas non plus énormément nombreux.

Le capital sympathie du cyclisme est contrasté. Le cyclisme est vu comme le sport du dopage, un facteur largement médiatisé et illustrée par la période noire des années 2000 du Tour de France et de l’ère Armstrong. On peut parler d’un deux poids deux mesures par rapport à d’autres sports où le sujet est encore tabou et où les contrôles sont légers, inefficaces voire inexistants. C’est une situation que certains coureurs du peloton dénoncent. Les contrôles sont très drastiques et contraignants et la liste des produits dopants prohibés est longue. Cela peut-être parfois une simple pommade qui contient de la cortisone. C’est pourquoi il faut être prudent quand on parle de dopage et d’abord savoir de quel produit dopant il s’agit avant d’accuser un coureur de tricheur. La situation s’est améliorée ces dernières années. Les affaires de dopage ont fait fuir la télévision allemande du Tour de France qui a vu ses audiences baissées à cause de l’image négative du cyclisme en Allemagne. Ce n’est que depuis cette année que la chaîne publique allemande a repris sa diffusion après avoir arrêté en 2011. Cependant le contrat n’est que de deux ans pour un montant inférieur à cinq millions d’euros et il y aurait une clause de sortie en cas de nouveaux scandales de dopage. Toutefois des suspicions demeurent toujours, même si elles sont atténuées, quand on voit la performance de certains coureurs cyclistes supérieure à certains coureurs dopés. Cela avait été le cas pour Chris Froome, vainqueur du Tour de France 2013. Le sujet reste donc complexe.

Tour de France 2011: Thomas Voeckler en jaune depuis le 10 juillet garde son maillot jaune le 21 juillet pour 15 secondes. Il le perd le lendemain et finit 4ème du classement général.

Tour de France 2011: Thomas Voeckler en jaune depuis le 10 juillet garde son maillot jaune le 21 juillet pour 15 secondes. Il le perd le lendemain et finit 4ème du classement général.

En France, si l’image du cyclisme est assimilée au dopage, on aime bien rappeler que cela concerne peu les coureurs français. Francetv Info avait consacré un article en 2013 sur ce « mythe » du coureur français non-dopé face au coureur étranger. Le symbole du coureur français dopé reste Richard Virenque pris dans l’affaire Festina et qui a reconnu s’être dopé. Il garde pourtant une aura incroyable en France et reste l’un des cyclistes français les plus populaires de ces dernières années. En France, on aime perdre avec panache et tant pis pour les tricheurs qui gagnent ! Depuis 1985 et Bernard Hinault, aucun coureur cycliste français n’a gagné le Tour de France. On se contente de podium. L’année 2014 a été faste avec deux coureurs français sur le podium…à la 2ème et 3ème place. Le public français aime le coureur combattif, courageux qui va au bout de l’effort, des victoires d’étape en solitaire. D’ailleurs ces dernières années, les coureurs français se sont contentés du maillot à pois du meilleur grimpeur ! Thomas Voeckler est un exemple parmi d’autres. La nouvelle génération se révèle plus prometteuse avec des noms comme Thibaut Pinot, Tony Gallopin, Pierre Rolland, Romain Bardet ou bien encore Warren Barguil. Le coureur cycliste français a aussi une image de quelqu’un de poli, de discret qui ne se plaint pas alors que le cyclisme est un sport parfois dangereux et très physique par contraste avec le footballeur « racaille » qui joue pour l’argent. Certains ont même fait des études supérieures. Alexis Vuillermoz, 1er cycliste français à remporter une étape sur l’édition 2015 du Tour de France, est titulaire d’un master banque et assurance. Jean-Christophe Péraud, 2ème du dernier Tour de France, a un diplôme d’ingénieur de l’INSA de Lyon en génie énergétique et environnement et a été ingénieur chez Areva. Thomas Voeckler a un BTS vente. Romain Bardet, 1er français du Tour de France en 2013, suit une formation en management à Grenoble Ecole Management dont il devrait être diplômé cette année. On pourrait continuer la liste. Si les cyclistes français font des études supérieures, c’est surtout dans le but d’une reconversion après la fin de carrière. Surtout ce qu’on dit moins peut-être parce qu’on n’ose pas, le cyclisme est un sport pratiqué en très large majorité par des « blancs », délaissé par les banlieues qui préfèrent le football. Toutes les explications sont possibles pour cet état de fait mais il est bien réel et il pourrait aussi expliquer l’assez bonne image du cyclisme auprès d’une certaine catégorie populaire de la population française !

Le principal événement sportif cycliste le plus largement médiatisé est le Tour de France, une compétition qui fait partie du top 3 des compétitions les plus suivies au monde. Le Tour de France est la vitrine de cette discipline. Contrairement à la FIFA, l’UCI (union cycliste internationale) n’est pas forcément très connu. L’argent ne coule pas autant à flot que dans d’autres sports mais le côté business est bien là. Le cyclisme est devenu très tactique, signe qu’il y a bien des enjeux financiers importants. Cependant les flux financiers semblent plus maîtrisés et il n’y a pas d’inflation incontrôlée. Si le cyclisme est souvent assimilé au dopage, l’image du cycliste français est bonne dans la société. Comme le montrait récemment un article de L’Équipe, les cyclistes, eux-mêmes, se donnent l’image inverse de celle du footballeur. On pourrait citer la phrase de John Gadret : « Annuler ? Surtout pas ! C’est une course de vélo. On n’est pas des footballeurs quand même ! » Dans un pays qui a une très mauvaise image du football, il n’est pas étonnant que l’image du cycliste soit bonne en France si on prend aussi en considération le fait que le Tour de France est une fierté nationale !