Nicolas Dhuicq sur les Mistral: « la rupture de cet accord est une erreur affective et diplomatique majeure » 
interview

Nicolas DhuicqNicolas Dhuicq est député Les Républicains de la 1ère circonscription de l’Aube. Il fait également partie du collectif de la Droite Populaire.Il est aussi secrétaire du groupe d’amitié France-Russie. Il a voté contre l’accord franco-russe sur la rupture du contrat des Mistral. Nous l’avons interrogé à ce sujet:

Nicolas Dhuicq, vous faites partie des députés, qui ont voté contre l’accord franco-russe sur la rupture du contrat des Mistral, pourquoi ?

Les raisons sont multiples. C’est d’abord un manque de respect envers la Fédération de Russie avec qui nous avions signé un accord. D’autre part, l’industrie française a déjà beaucoup de difficulté à maintenir ses compétences techniques. Mais surtout, je fais partie des députés qui plaident pour un partenariat géostratégique avec la Russie pour faire contrepoids avec l’Allemagne. Le territoire russe est également riche en matières premières notamment en Sibérie. Nous aurions pu concurrencer la Chine. De plus, le Mistral est un navire qui a une coque très peu protégé et qui est très vulnérable aux attaques de sous-marins sans protection aérienne. C’est plus un navire pour projeter des forces que pour mener des attaques maritimes. Il y a également la valeur symbolique du pavillon. La Russie n’a pas en soi besoin d’accès maritime pour envahir la Géorgie ou l’Ukraine. On a fantasmé.

L’issue du scrutin ne faisait aucun doute. Votre vote n’a-t-il pas plutôt une dimension symbolique ?

En politique, surtout quand on est dans l’opposition, on est là au Parlement pour défendre des convictions et porter une parole. C’est d’ailleurs pour ça que je suis intervenu lors de la discussion générale.

Comment expliquez-vous l’absence de nombreux députés à ce scrutin et le peu de mobilisation ?

Depuis le début de la mandature, il y a une grande difficulté à suivre l’agenda parlementaire. On est parfois mis au courant une semaine avant et certains députés avaient peut-être déjà quelque chose de prévu à leur agenda. Il y a une minorité de députés, qui sont intéressés par ces questions, et la grande majorité n’a pas compris l’intérêt géostratégique de cet accord avec la Russie.

La Russie semble plutôt satisfaite de l’accord et a définitivement renoncé aux Mistral. Ne serait-il pas plutôt temps de tourner la page de ce dossier ?

La marine russe n’avait aucun besoin de ces navires et d’ailleurs certains amiraux russes s’étaient opposés à cet accord. Il n’y avait également aucun intérêt militaire. C’est avant tout un accord industriel et diplomatique, qui a été conclu entre Sarkozy et Poutine. Il s’agissait pour l’État français de donner du travail aux chantiers navals, qui en ont bien besoin. Pour la Russie, c’est un accord diplomatique qu’il faut voir comme une demande de faire partie de l’Europe depuis la chute du mur de Berlin. Il est évident que la rupture de l’accord satisfait Poutine qui a récupéré de l’argent et de la technologie au passage à moindre coût. Néanmoins tout comme l’absence de François Hollande au défilé du 9 mai qui a fêté les 70 ans de la victoire russe sur l’Allemagne nazie, la rupture de cet accord est une erreur affective et diplomatique majeure. Après tout, on a le même ennemi djihadiste.

Le ministère de la Défense a été encore mis à contribution pour rembourser la somme aux Russes mais l’État assure qu’il y aura une réalimentation de ce budget. Qu’en pensez-vous en tant que membre de la commission de la Défense ?

On peut déjà dire que le coût de la rupture de cet accord est largement sous-estimé entre la dérussification et la maintenance des deux bâtiments. La marine nationale n’en a pas besoin. Il faut maintenant les revendre et continuer de les entretenir en attendant de trouver de nouveaux acquéreurs. Il y avait la crainte à un moment que les Russes s’opposent à la revente des bâtiments. Plus on attend, plus le coût sera important. Quant au remboursement, on verra lors des débats sur le budget s’il y a une entaille supplémentaire dans la Loi de Programmation Militaire. On est plusieurs à être sceptiques. On a même le problème avec les OPEX qui ne sont pas assez budgétés et dont le surcoût pèse sur le budget de la Défense. Les autres ministères sont réticents à payer leurs quotas. Sur la forme, il aurait été intéressant d’avoir un débat en commission de la Défense et pas qu’en commission des Affaires Étrangères. C’est assez surprenant. Je sais que la commission des Finances était aussi demandeuse.