Luzenac : le scandale de trop pour les instances françaises du football ? 

Les joueurs de Luzenac fêtent leur montée en L2

Les joueurs de Luzenac fêtent leur montée en L2

Cela devait être la belle histoire de la saison : Luzenac, club de foot d’un petit village de 500 habitants, devait vivre une expérience unique dans le football professionnel de haut niveau après sa montée en L2. Petit budget, le club peut compter sur un directeur sportif renommé : Fabien Barthez, gardien de but de l’équipe de France de la génération 98, arrivé au club en 2012. Tout le monde attendait de voir comment ce club allait évoluer en L2 et si l’aventure allait continuer. Pourtant, très vite, le dossier s’est compliqué.

La réussite sportive n’est plus le seul critère. Il faut passer par la case administrative et c’est l’obstacle sans doute le plus important pour valider une montée au niveau supérieur. On peut dire que cet été, en plus de Luzenac, on aura eu notre lot de rebondissements administratifs, qui ont montré les limites du rouage administratif français beaucoup trop complexe et qui permet des recours sans nombre. Le début de l’imbroglio Luzenac, dont certains ont encore du mal à tenir les tenants et les aboutissants, commence le 5 juin avec le premier refus de la DNCG (ndlr : Direction nationale du contrôle de gestion) concernant le budget. Aujourd’hui, au fil de nombreux recours, le dossier n’est toujours pas fermé et se porte désormais sur la question du stade. DNCG, conseil d’administration du LFP, CNOSF (ndlr : comité national olympique et sportif français), tribunal administratif, tout y est passé. La réponse reste toujours irrémédiablement non, à tel point que beaucoup d’observateurs commencent à se demander si Luzenac, quoiqu’il fasse, n’a aucune chance. Certains n’hésitent pas à parler du scandale Luzenac, qui ternira une fois de plus l’image des instances du football français.

Les mots sont de Fabien Barthez, un grand du football français : « Je n’ai pas confiance en nos institutions françaises. » Ces derniers temps, il s’est fait très mordant contre le football français qu’il

Fabien Barthez avec l'entraîneur et le président de Luzenac

Fabien Barthez avec l’entraîneur et le président de Luzenac

ne comprend plus : « Le problème, c’est qu’on ne parle pas de l’essentiel, le football ! On se glorifie en Coupe de France lorsqu’un club amateur atteint les demi-finales, mais quelque part Luzenac a fait la même chose en étant promu de National en Ligue 2. » Au final, le RC Lens, lui aussi interdit de remontée en L1 avant finalement d’obtenir gain de cause, aura eu plus de chance mais parle-t-on de chance ? Un mystérieux actionnaire de l’Azerbaïdjan Mammadov qui n’apporte pas les fonds nécessaires, laissant le président du club Gervais Martel se débattre avec les instances pour sauver le club. Personne ne l’a vu à Lens et il ne communique pas. Si le club est bien en L1, il manque toujours 4 millions d’euros du coup il a été interdit de recrutement et évolue avec un groupe de 19 joueurs avec des jeunes issus du centre de formation. On le comprendra: l’équilibre financier du club est fragile et a été même remis en question par le président de la DNCG qui pourtant a validé la montée (sic). Si la LFP se veut indépendante du politique, d’autres en doutent. L’aveu est à demi-mot du député Nicolas Bays dans une interview au journal But : « Oui, j’ai aussi contacté le président de la République, François Hollande, et le Premier Ministre, Manuel Valls, pour les alerter sur les conséquences que pouvait avoir la non-montée du RCL en Ligue 1. Je leur ai envoyé des SMS. Je sais que les deux sont attachés au RC Lens, à son enracinement dans le territoire, aux valeurs qu’il véhicule. » François Hollande aurait répondu dans un sms, 30 secondes après : « Je m’en occupe en ce moment même ». Que faut-il y comprendre ? Une chose est sûre, la LFP a été plus clémente avec Lens que Luzenac. Alors que Sochaux n’a jamais réintégré la L1 en remplacement de Lens, Châteauroux s’est vu réintégré dès le 10 juillet en L2, rendant du coup l’accession de Luzenac encore plus compliquée. Une première preuve de la mauvaise foi de la LFP dans ce dossier qui a ému au-delà du monde sportif.

Dans un pays en crise économique, on pensait qu’on pouvait encore forcer son destin sans que des intérêts financiers viennent se mêler. Luzenac a appris à ses dépens que non. La dernière décision de la LFP, motivant son refus est ahurissante. Il faut comprendre en filigrane que tant que le stade n’est pas aux normes, Luzenac ne peut pas monter. Quant au club, il attend la confirmation de la montée pour effectuer les travaux nécessaires, ne voulant pas engager de l’argent pour rien. C’est le chat qui se mord la queue. La LFP, qui a bien conscience, que ce dossier est en train de lui attirer de plus en plus des inimitiés du monde du football et notamment amateur tente de s’appuyer sur le règlement rien que le règlement pour justifier ses décisions successives : « les règles du professionnalisme sont les mêmes pour tous les clubs. » Mais personne ne comprend plus cet acharnement qui serait désormais dû aux complications que comprendrait une réintégration de L2 de Luzenac. Il est impossible de faire redescendre Châteauroux. La L2 se composerait donc de 21 clubs et le partage des droits télé serait différent. Il faudrait retoucher au calendrier alors que le championnat a commencé depuis plus de trois semaines. Dans le sud, on se mobilise même du côté des politiques pour que justice soit enfin rendue à Luzenac. Par ailleurs Thierry Braillard, le secrétaire d’Etat aux sports, n’a pas hésité à dénoncer avant-hier «une hypocrisie de la Ligue de football professionnel au sujet de Luzenac. » Il doit aussi rencontrer les joueurs du club ce vendredi.

Aujourd’hui personne ne sait comment se finira ce dossier Luzenac mais il y a peu de chance que l’issue soit positive. Le scandale risque d’être total avec des conséquences désastreuses pour le club et le village. Les joueurs restent dans l’attente pour pouvoir clarifier leur situation. L’un d’eux Ech-Chergui a préféré signer au Paris FC dans les dernières heures du mercato. Sans doute, Luzenac a fait des erreurs dans le dossier mais personne n’est venu l’aider. On ne voulait pas du petit poucet. Frédéric Thiriez est sans doute plus occupé à aller vendre son image marketing PSG en Chine et à Hong-Kong pour ramener de l’argent que d’aider un club amateur à tutoyer le monde professionnel de L2 ne serait-ce que pour une saison ! L’affaire ne redorera pas l’image du football français, qui ne cesse de perdre en attractivité d’année en année et de régresser.