L’opération Sentinelle de nouveau remise en question 

Le député François Lamy a évoqué l’opération Sentinelle dans un rapport parlementaire sur les crédits alloués en 2016 aux forces armées. Le général Michel Pattin, directeur des opérations et de l’emploi de la gendarmerie nationale et Pascal Lalle, directeur central de la sécurité publique à la direction générale de la police nationale estiment que ces missions intérieures sont du ressort des forces de l’ordre: gendarmerie mobile et police. Mais leurs effectifs sont surchargés. C’est ce qui explique que l’armée de Terre est davantage sollicitée avec des répercussions sur sa capacité opérationnelle.

Le rapport indique que « Le rythme de passage des unités dans les centres d’entraînement a dû être considérablement revu à la baisse : 70 % des rotations dans les centres d’entraînement spécifiques ‒ comme le centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB) et le centre d’entraînement au combat (CENTAC) ‒ ont été annulés en 2015″. On peut lire plus loin: « la préparation opérationnelle ‘métier’ (PO-M) connaît elle aussi un ralentissement, faute de temps disponible et faute de certains moyens ‒ les matériels de transmissions et certains véhicules tactiques étant utilisés pour l’opération Sentinelle », ce qui aura un « impact sur la performance des activités opérationnelles ». Et les répercussions ne s’arrêtent pas là…Le député met d’ailleurs en garde sur la possible lassitude des militaires engagés, tout comme d’une dénaturation du métier militaire.

Cette mise en garde s’est accompagnée d’une interview du général Desportes sur le site d’informations Les Échos à propos de son dernier livre « La dernière bataille de France ». Il fait la même constatation: « Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que l’armée française est largement suremployée par rapport à ses capacités. Elle s’use. Elle ne peut plus se reconstituer (formation, entraînement, remise en condition…) entre deux engagements. Elle risque de se retrouver dans la même situation que l’armée britannique qui, malgré un budget supérieur au nôtre (plus de 40 milliards d’euros), est aujourd’hui incapable d’aller opérer au sol sur les théâtres extérieurs. » Il est également très critique sur l’opération Sentinelle: « Il y a des choix à faire : de la présence sous la Tour Eiffel, ou de l’efficacité opérationnelle en Syrie et au Sahel ? Les 7.000 soldats français déployés dans le cadre de l’opération Sentinelle n’ont qu’une plus-value très limitée au regard des inconvénients majeurs de ce déploiement avant tout politique. Employer un soldat, dont la formation est très onéreuse, dans le rôle d’un employé de société de gardiennage est un véritable gâchis, au plan opérationnel et au plan budgétaire. Impôts dilapidés, dégradation continuelle des capacités opérationnelles individuelles et collectives… Sentinelle casse un outil qu’on regrettera très vite. Il est tout à fait légitime d’utiliser les soldats français pour la protection du territoire national, mais à condition de tirer le meilleur parti de leurs compétences spécifiques. L’armée n’est pas un stock de vigiles à déployer devant les lieux de culte ! »

Pour l’instant, l’opération Sentinelle n’est plus évoquée par le gouvernement et on ne sait pas quand elle se terminera. L’opération temporaire dure et le gouvernement semble se satisfaire de cette « normalisation ». Pour l’instant, personne ne peut dire qu’elle est son bilan. Certains doutent légitimement de son efficacité !