Les Diables Rouges et le sentiment national belge 

l'équipe nationale belge reçu au Palais après le mondial 2014 (capture d'écran RLT Info)

l’équipe nationale belge reçu au Palais après le mondial 2014 (capture d’écran RLT Info)

En plus de se qualifier directement pour l’Euro 2016 sans passer par les barrages, l’équipe de football de Belgique, en battant mardi Israël 3-1, est monté sur le toit du monde football. La Belgique va prendre la tête du classement FIFA, un classement instauré en 1993 et dont la valeur est régulièrement contestée. Pour une fois, ce sont les Belges qui font cocorico alors que la France n’est même pas dans les 20 premiers. L’engouement autour des Diables Rouges ne faiblit pas en Belgique et le succès de l’équipe nationale n’est pas pour plaire aux nationalistes flamands.

« Il faut être chauvins et profiter de ces moments (…) Allez-vous balader en France, et en Hollande, soyez fiers de vous. Maintenant, on est soudés, parés pour réaliser quelque chose de bien en France. » Ces mots sont de Vincent Kompany, capitaine légendaire de cette sélection belge, à l’issue de la rencontre. D’origine congolaise, le défenseur belge n’a jamais caché son attachement à la Belgique, se mêlant parfois de débat politique. En 2012, il crée une mini-polémique en twittant après une victoire : « La Belgique est à tout le monde, mais ce soir, surtout à nous. » Il répondait à Bart de Wever qui, après sa victoire à Anvers lors des élections municipales, avait déclaré : «  Anvers est à tous, mais ce soir surtout à nous. » Il n’est pas le seul à avoir pris position. Le sélectionneur Marc Wilmots a un avis plus tranché : «Il y a des politiciens qui veulent diviser le pays. Nous, grâce au sport, on essaie de le rassembler. C’est notre message, et j’en ai parlé avec les joueurs : il faut tenir ce pays uni. Quand on est tous ensemble, ce sont des choses extraordinaires », déclarait-il également en 2012. En 2013, son discours est toujours le même dans une interview à RLT Info : « L’unité de la Belgique est retrouvée, c’est la plus belle image. Et ce, même au-delà des résultats. Le public qui sort sur les Grands-Places, qui chantent « Waar is da feestje », c’est un peu ce que nous faisons en équipe nationale. Notre équipe ne ment pas, elle transpire de vérité. Il y a une multiculture chez nous, 85% de nos joueurs sont parfait bilingues si pas trilingues. » Il y a un certain consensus dans la sélection belge autour de cette question politique, de façon plus ou moins marquée.

supporters belges algérieIl est exact de dire qu’il n’y a pas plus de Wallons que de Flamands dans cette équipe et que c’est assez équilibré. Cela évite d’avoir débat sur sa composition. D’autre part, aucun joueur de l’équipe ne fait état de sa communauté d’origine. On peut rappeler les paroles de Toby Alderweireld : « Le plus beau, lors de cette soirée, c’était de voir les Flamands et les Wallons faire la fête dans les tribunes. J’étais fier d’être belge. J’ai vu 40.000 vrais Belges créer une ambiance qui me fait penser à celle de l’Ajax. » L’engouement populaire, autour de l’équipe, ne s’estompe pas peut-être parce que les Belges sont conscients que cette génération est une chance unique pour le pays de remporter un trophée. Les audiences à la télé sont très bonnes et le stade Roi Baudouin est plein à pratiquement chaque match. Les supporters se déplacent en masse également à l’extérieur. L’Union Belge n’a pas besoin de grande campagne de publicité pour vendre des billets. L’année dernière, le principal groupe de supporters de l’équipe nationale : 1895 Belgium Fan Club a dû refuser des adhérents à cause du trop grand nombre. Il faut toutefois relativiser cet engouement comme le dit Pascal Delwit, politologue belge, dans un article de L’Express : « Le football peut-il venir en aide à une unité nationale défaillante? « Le temps de l’euphorie générale, peut-être, estime Pascal Delwit, mais on reste dans le registre du sport. » En clair, l’alchimie prend parce que les Diables rouges portent un projet commun et gagnent. « Mais tout ceci reste lié à la performance. Quand elle ne sera plus au rendez-vous, ça retombera. » 

On comprend que les succès des Diables Rouges ne font pas vraiment plaisir aux nationalistes flamands, même si cela n’a aucune incidence sur les résultats électoraux. En 2012, le Vlaams Belang avait répondu à Vincent Kompany : « Quand c’est nécessaire, Kompany préfère choisir une équipe anglaise et un paquet d’argent. Les Diables Rouges doivent-ils sauver la Belgique ? Il semblerait bien. Le Palais et l’establishment belge s’accrochent au football comme à un fétu, mais c’est une tentative désespérée de renverser la tendance. Les gens qui pensent que les Diables Rouges vont sauver la Belgique sont vraiment naïfs. » Hier, la chef de groupe socialiste, Laurette Onkelinx a fait applaudir à la Chambre les Diables Rouges pour leur succès. La N-VA a été le seul parti à ne pas s’y associer. Elle n’a pas hésité à rebondir dessus dans une interview ce matin : « Elle n’aime toujours pas la Belgique. Elle n’aime toujours pas ce pays et les Diables rouges sont un symbole de la Belgique. » La N-VA a, de son côté, répondu par la voix d’Hendrik Vuye, son chef de groupe à la Chambre qu’on lui avait tendu un piège : « Cela n’avait absolument rien à voir avec la victoire des Diables Rouges. C’est Laurette Onkelinx que l’on a refusé d’applaudir. Elle savait que nous refuserions de l’applaudir et que cela passerait dans les médias comme un rejet de l’équipe de football belge par la N-VA. » On sait que les socialistes et la N-VA ne sont pas les meilleurs amis du monde mais on sait aussi que la N-VA ne défendra pas outre-mesure la Belgique, loin de là !

Il se trouve qu’à une époque, où la question de l’existence de la Belgique est remise en question régulièrement, le football belge a sorti des talents et créé une génération dorée dont on attend beaucoup et toujours plus. Les Belges sont trop contents de ne plus être la risée des autres et il y a un sentiment de fierté. En revanche, il est toujours difficile de faire un lien entre patriotisme et soutien à l’équipe nationale, qu’on pourrait supporter comme une équipe de club. Toutefois, les politiques ont bien compris l’enjeu mais plus surprenant l’équipe belge elle-même. Il est rare que des joueurs se mêlent de débat politique. C’est complètement l’inverse de la France où certains supporters se plaignent que les joueurs n’ont pas assez l’amour du maillot et de la France. C’est une histoire bien belge !