« Les Chrétiens sont les victimes collatérales d’enjeux qui les dépassent » : conférence de Frédéric Pichon à Beyrouth

L’association franco-libanaise sœur d’SOS Chrétiens d’Orient Masihiyyoun Maan recevait ce mardi 7 juillet 2015 à l’hôtel Alexandre (Beyrouth) Frédéric Pichon, géopoliticien et chercheur, pour une conférence intitulée : Ce ne sont que des Chrétiens. L’auditoire a répondu présent à son appel, que la vocation particulière de la Chrétienté libanaise anime tout particulièrement.

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Etat des lieux de la Chrétienté en Orient

Avec dix millions de Chrétiens recensés de l’Egypte jusqu’aux frontières occidentales de l’Iran, l’ancrage des membres orientaux de cette communauté a subi de fortes tribulations depuis l’apparition de l’Etat islamique. Exceptée l’Egypte, qui demeure un berceau important du Christianisme – on compte près de huit millions de Chrétiens coptes en Egypte – des pays comme l’Irak ou la Syrie subissent une diaspora massive de leur peuple.

Une situation géopolitique trouble

En termes géopolitiques, la perception des Chrétiens d’Orient par les gouvernements occidentaux relève à la fois de la méconnaissance et de facteurs politiques subjectifs. Le refus de l’occident de constater la teneur identitaire de la Chrétienté en Orient a amené Frédéric Pichon à rappeler que les Eglises d’Orient se devaient de rester le conservatoire de ces peuples millénaires. Alors que l’Etat Islamique souhaite faire table rase de cet écrin chrétien, ce dernier ne doit en aucun cas être relégué à l’état de « pièces de musées ».

« Les Chrétiens sont les victimes collatérales d’enjeux qui les dépassent », indique le chercheur : l’essoufflement des nationalismes arabes, la montée de l’islamisme politique et la crise traversée par cette confession (guerre entre musulmans Chiites et musulmans Sunnites). Le rôle politique des acteurs occidentaux sur la scène politique participe par ailleurs d’un jeu de puissances dont les populations chrétiennes deviennent les victimes. Si, aux dires de Frédéric Pichon, les Etats-Unis opèrent un recul de leurs positions en Orient – du fait de la décroissance de la dépendance pétrolière dans ces zones, la réaction de la  »Coalition internationale » soulève des interrogations dont le cas français constitue un exemple révélateur. Mue d’une « sympathie victimaire » à l’égard des Chrétiens d’Orient, l’armée française – soumise aux directives gouvernementales – refuse pourtant d’appuyer les forces syriennes lorsqu’elles bombardent les zones contrôlées par l’Etat islamique. La population chrétienne n’étant pas précisément un  »levier d’influence » majeur en termes politiques, ces Etats, en véritables « monstres froids » jaugent ce tableau géopolitique à l’aune des opportunités dont ils pourraient bénéficier.

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Du réveil de la conscience religieuse sur la scène internationale

L’éventualité du Salut par rapport à la permanence des Chrétiens en Orient s’éloigne. Confrontée à ses propres démons (refus de penser le fait religieux et montée de la concurrence victimaire entre les différentes confessions), la France semble perdre de vue sa vocation protectrice des minorités chrétiennes d’Orient. Le risque encouru : un « ethnocide culturel » qui, allié à la chute démographique et les mouvements migratoires de cette communauté, pourrait entraîner l’éradication des Chrétiens de leur berceau natal, comme ce fut le cas en Turquie en 1915.

Quelles sont désormais les perspectives d’avenir de la communauté chrétienne orientale ? Pour Frédéric Pichon, la limitation de toute politique interventionniste occidentale devient une nécessité ; toutefois, la sensibilisation des populations européennes à cette question est un signe d’espoir. A jailli un sentiment d’éveil religieux qui fait enfin prendre conscience à l’Occident que la disparition de la Chrétienté en Orient viendrait à déstabiliser l’intégralité du Moyen-Orient.