Le français, pour une semaine ou pour une vie? 

Jean-dOrmessonSans savoir encore quels auteurs littéraires contemporains allaient être élus « auteurs préférés des français » lors de la Semaine de la Francophonie, nous avions entamé la lecture d’un des ouvrages de Jean d’Ormesson, Un jour je m’en irai sans avoir tout dit. Et il se trouve justement que ce même Jean d’Ormesson est élu  second, derrière Marc Lévy et devant Guillaume Musso.

Cette Semaine de la Francophonie, entre le 14 et le 22 mars, est déjà sur le point  de s’achever. Pendant quelques jours, les Français se sont à nouveau penchés sur la littérature, qu’elle soit contemporaine ou plus classique. Pendant quelques jours, la littérature et la langue française ont quitté le recoin quasi obscur qui a trop tendance à ne recevoir que des intellectuels érudits et spécialisés. Mais la vie va reprendre son cours, le Français moyen oubliera jusqu’à l’année prochaine Victor Hugo, Racine ou Baudelaire. Exception faite peut-être de celui qui prépare le bac ou de celui qui lit un bon roman de Marc Lévy durant ses vacances.

Or le français est-il cela? Est-il une langue que l’on vénère une semaine par an pour ensuite l’oublier et n’en utiliser que le vocabulaire strictement basique, voir vulgaire? A en croire Jean d’Ormesson, membre de l’Académie Française, le français est bien autre chose. Dans cet ouvrage Un jour je m’en irai sans avoir tout dit, (publié en 2013),  accessible à tous, composé de chapitres qui font rarement plus de deux pages, c’est un homme et un Français qui s’exprime. Il raconte simplement sa vie, ses réflexions, son histoire. Il nous livre une sorte de testament où l’on sent l’être humain rechercher d’où il vient et se débattre avec sa destinée: la mort le guette, cette mort qui est « une victoire camouflée en défaite ».

S’il est possible de lui faire une critique, ce serait sans doute l’aspect trop humain et matérialiste qui ressort de ses lignes. Mais le lecteur lui pardonne volontiers puisque dans les dernières pages de son roman, il se tourne vers Dieu dans une sorte de revirement d’autant plus marquant. Lorsqu’il écrit « je crois que les hommes sont beaucoup plus que des hommes » ou « quand les hommes auront disparu, Dieu sera seul à pouvoir se souvenir encore d’eux et de nous », une page se tourne dans sa vie déjà bien écoulée.

Oui « la vie est une flèche », comme  le dit si bien Jean d’Ormesson. Il s’agit de l’aimer malgré la situation plus que tendue de notre société actuelle. Et cela passe par la langue, par l’amour du français. En une semaine, est-il possible de condenser toutes ces richesses? Cela paraît très difficile voir impossible. Néanmoins en une semaine, il est possible de commencer à ouvrir un ouvrage, celui-ci de Jean d’Ormesson ou un autre, et de lire. Une semaine est assez pour commencer à aimer notre langue.