Le football français et Charlie Hebdo, un révélateur des problèmes de la société française 

maillot je suis charlieL’affaire Charlie Hebdo a fait remonter aussi les problèmes d’intégration et de l’immigration notamment dans les clubs de foot dans les banlieues. On sait que de nombreux footballeurs sont musulmans ou se sont convertis à l’islam. Concernés par les attentats, certains footballeurs professionnels ont refusé de porter soit le tee-shirt ou le maillot Je suis Charlie, notamment à Valenciennes ou à Montpellier. Peu se sont expliqués sur ce choix à part le footballeur marocain de Montpellier Elkaoutari:« Je suis musulman et je suis contre le terrorisme mais je ne suis pas Charlie. » Le club de Marseille a d’ailleurs fait le choix de maillots noirs sans slogan.

S’il y a eu des débats dans les écoles, les clubs de foot amateurs n’y ont pas échappé et le président du club de CFA de Lyon La Duchère Mohamed Tria en a témoigné dans le Progrès:« Pour eux (ndlr:les banlieues) la République, c’est une chimère. On a trop délaissé ces zones, pendant des années… J’ai réuni une quarantaine de gamins de 13 à 16 ans dans mon club, j’ai été abasourdi par ce que j’ai entendu…Surtout, ils ne voyaient pas la mort de 17 personnes, mais l’acte de bravoure de ceux tombés les armes à la main. Ils ont de l’admiration pour ces gars-là, ils trouvent qu’ils leur ressemblent. Eux sont en quête de reconnaissance et croient qu’en mourant les armes à la main, on peut y arriver. «  ajoutant plus loin « Comment accompagne-t-on le vivre ensemble, comment on le matérialise ? Les beaux discours, ça va cinq minutes. L’intégration à la française, ça ne marche pas. Maintenant qu’on a pris cette grosse claque dans la gueule, notre responsabilité est énorme. On est contraint budgétairement, d’accord, mais il va falloir arbitrer des priorités. Il est urgent d’agir dans les dix ans qui viennent, pour sauver ceux qui peuvent l’être et surtout leurs enfants. Car en écoutant ces gamins, je me disais : mais comment seront les leurs ? »

Il faut rappeler que les frères Kouachi étaient des amateurs de football. Durant leur passage en Corrèze de 1994 à 2000, les deux jouaient dans le club de l’AS Chamberet. Chérif était plus talentueux que son frère et fera même quelques matchs en DH mais jamais en tant que titulaire. Selon le président du club Alain Lascaux:« C’était un battant, un compétiteur, mais toujours avec un bon état d’esprit. » Par la suite, ils quittent la région et leur expérience footballistique s’arrêtera là.

Ils ne sont pas les seuls à avoir basculé dans l’islamisme radical après avoir raté leur carrière dans le football professionnel. Nicolas Vilas, dans son livre paru en 2014 Dieu Football Club, donne entre autres l’exemple de Burak Karan, joueur allemand prometteur et qui a même joué dans l’équipe de jeunes de l’Allemagne. Une rupture des ligaments croisés mettra fin à sa carrière professionnelle à 20 ans. Désemparé, il fréquente de plus en plus la mosquée avant de se faire repérer par un groupe islamiste qui l’envoie s’entraîner dans un camp à la frontière entre le Pakistan et l’Afghanistan. En 2013, il rejoint la Syrie et sera tué à 26 ans lors d’un bombardement à la frontière turco-syrienne.