Le conflit Le Pen ou l’équation impossible du FN 

famille Le Pen

Le conflit, qui oppose au sein du FN Marine Le Pen à son père Jean-Marie, est loin d’être terminé et s’il n’a pas la même place dans les médias, qui continuent d’ailleurs de s’en délecter, il va laisser des traces profondes dans le parti. Les deux principaux protagonistes mettent leurs partisans et les adhérents frontistes face à une équation impossible à résoudre. Quand on sait d’où est partie cette crise, vu de l’extérieur on oscille entre incrédulité et incompréhension. Le dernier rebondissement judicaire montre qu’elle est loin d’être terminée alors que Marine Le Pen pensait fermer au plus vite le dossier de la présidence d’honneur pour lancer son parti dans la bataille des régionales.

Les uns reportent la faute sur Marie Le Pen, les autres sur Jean-Marie Le Pen. Est-il possible de pointer un responsable ? Il est certain que la présidente du FN n’a pas manqué l’occasion offerte par l’interview sortie dans Rivarol. On avait déjà consacré un article au début de cette crise, en mettant en avant un FN qui cette fois-ci crée lui-même une polémique médiatique. La normalisation était totale. Le but était d’écarter de façon assez radicale le père pour renforcer l’image de la fille auprès du parti. Le vote postal de l’assemblée générale, aujourd’hui suspendu par la justice, est assez piégeux puisqu’il ne laisse que peu de choix aux adhérents: adouber la fille ou écarter le père. Nicolas Sarkozy et l’UMP ont eu la même méthode quand le choix a été fait sur le changement du nom du parti en Les Républicains. Le vote a été présenté de telle façon qu’il mettait en jeu la crédibilité du président Nicolas Sarkozy sur le plan médiatique. Il était difficilement possible aux adhérents de voter contre, même s’il n’était pas d’accord sur le nom. Peu à peu, les anciens cadres vont disparaitre pour laisser place à la jeune génération montante mais la méthode risque de laisser des traces. L’autre question est de savoir quelle sera la qualité et la formation de cette nouvelle génération, propulsée sous les projecteurs du jour au lendemain. La facilité ne pousse pas à l’exigence.

Jean-Marie Le Pen ne pensait sans doute pas que son interview aurait autant de conséquences et qu’il devrait en passer par une bataille judiciaire pour récupérer sa place au parti. Il continue d’adopter une communication franche et sincère, qui peut plaire au grand public mais qui ne passe plus auprès des adhérents. Ces derniers ont profondément changé depuis quelques années et ils ne voient pas pourquoi ils risqueraient de mettre le parti en péril pour une personne, qui n’a plus aucun avenir politique. C’est sans doute ce que certains de ses soutiens ont dû mal à comprendre. Le capital sympathie, dont bénéficie l’ancien président du FN, n’est plus qu’illusion et il risque encore de baisser qu’importe qu’il gagne ou perde son combat judiciaire. Le mélange d’un conflit familial à un conflit politique au sein d’un parti ne fait pas bon ménage, car il prend en otage les adhérents et les parties prenantes de ce conflit. C’est tout le problème d’un parti, qui ne tourne autour que d’une famille. Toutefois, faire du conflit Le Pen un enjeu pour la ligne politique du parti risque bien au contraire d’étouffer toute contestation au sein du parti, en poussant la direction centrale du FN à écarter les soutiens de Jean-Marie Le Pen et les adhérents à se rassembler derrière Marine. On peut comprendre également que l’ancien président d’honneur ait envie de défendre sa place mais son action est très mal comprise par les adhérents et met certains de ces possibles soutiens dans une situation impossible.

Le conflit Le Pen est bien une équation impossible et on se demande comment le père et la fille pourront en sortir par le haut, l’un et l’autre. Le FN pourra désormais difficilement se moquer des dissensions internes des autres partis, vu l’image qu’il donne depuis des semaines. Si on pouvait tirer un dernier enseignement de la dernière étape du feuilleton judiciaire, c’est qu’au sein du parti on a encore du mal avec les textes et qu’on a agi avec trop de précipitation. Il ne sert à rien de parler d’une justice politique pour masquer ses insuffisances quand on ne maîtrise pas ses propres textes. Ce n’est qu’une question de temps, répliquent certains responsables du FN, mais le FN en a-t-il alors que la date des régionales approche ?