L’avenir de l’armée belge en question 

Steven Vandeput, ministre de la Défense belge

Steven Vandeput, ministre de la Défense belge

En France, le dossier du budget de la Défense ne cesse d’alimenter l’actualité politique surtout depuis les attentats de janvier. Sur la question, on fait preuve d’une morosité depuis longtemps : manque de moyens, baisse des effectifs ou bien encore matériel vieillissant. Outre-Quiévrain, la situation est encore plus critique de jour en jour malgré des messages positifs du gouvernement. Le budget ne cesse de baisser au point que c’est l’avenir de l’armée belge qui est en jeu, ce dont est bien conscient le gouvernement mais faute d’argent, il va falloir faire des calculs d’apothicaire pour sauver l’essentiel.

L’accord de gouvernement se voulait pourtant ambitieux avec « une armée déployable, efficace, rationalisée, moderne, bien entraînée et jeune. » Il n’était pas non plus question d’autre effort budgétaire et d’inscrire sa stratégie de Défense dans celle de l’OTAN. On parlait bien d’une baisse d’effectifs, d’économies mais pas de réduction du budget militaire stricto sensu. Le gouvernement a d’ailleurs lancé le dossier du changement des F-16, un processus long et coûteux. Mais comment inverser la tendance alors que l’armée est loin d’être une priorité pour un petit pays qui n’a pas les mêmes ambitions internationales que la France ? Entre 1981 et 2013, le budget du ministère de la Défense a baissé de 2,25 milliards d’euros selon des chiffres fournis par le professeur Wally Struys dans un article d’août 2014, remis dans le numéro de juin 2015 de la Revue Militaire Belge. De 1995 à 2012, son pouvoir d’achat a diminué de 12%. En 2015, la Belgique est en queue de peloton des pays-membres de l’OTAN pour les dépenses militaires. Selon une estimation valant pour 2015, la Belgique ne consacre que 0,9% de son Produit intérieur brut (PIB) aux « dépenses de défense » – une notion recouvrant à la fois le budget de la Défense et les pensions des militaires -, là où l’Otan réclame de ses membres qu’ils atteignent les 2%. Un minimum historique selon la presse belge ! De son côté, l’état-major belge est loin d’être aussi optimiste que le gouvernement selon un rapport confidentiel qui a filtré dans la presse au mois de mars 2015. Pour lui si on continue les économies, l’armée ne pourra plus payer ses dettes, prévoyant un déficit de 213 millions d’euros pour 2019. Son effectif était de 47.000 hommes en 1995, 31.000 hommes et femmes en 2011.

Pourtant, malgré ses difficultés, la Belgique continue d’intervenir sur des théâtres d’opérations extérieures. Elle a encore des soldats en Afghanistan avec une vingtaine de militaires en poste à Kaboul dans différents états-majors et 54 autres à Mazar-e-Shariff chargés de la formation de l’armée afghane. Elle y a envoyé jusqu’à 626 hommes et n’a perdu qu’un homme le caporal Alexandre Carraro décédé des suites d’une maladie contractée en mission. Alors que l’Europe a eu du mal à se mobiliser au côté de la France au Mali, l’armée belge y a envoyé des hommes, environ 80 basés à Koulikoro et qui sont chargés en grande partie de missions de protection et d’escorte de convois. La contribution la plus importante reste cependant l’Irak avec 120 militaires au début de l’année 2015 et l’envoi de six F-16 dont la mission a pris fin début juillet. Selon des chiffres fournis par le ministre Steven Vandeput, la Belgique aura contribué à hauteur de 5,5% à la coalition internationale en Irak. Si elle n’a plus d’avions au sol et d’équipages, elle n’en a pas moins laissé un détachement d’une trentaine de militaires, chargé de former l’armée irakienne. Signe d’un manque d’argents et de moyens, elle va désormais alterner l’envoi d’avions en Irak avec les Pays-Bas, pays avec laquelle elle a signé un traité pour une surveillance commune de l’espace aérien. La Belgique, comme les pays du Benelux, pourrait être un des pays les plus favorables à une armée européenne. Toutefois, elle reste très proche de l’OTAN avec laquelle elle lie son destin comme on peut le voir sur le dossier du remplacement des F-16.

armée belgeLes constats restent cependant alarmants sur la viabilité future de l’armée belge. La réduction des effectifs est problématique selon Alexander Mattelaer, spécialiste en défense à la VUB (université néerlandophone de Bruxelles) car elle : « entraînera inévitablement d’importants changements de structure. Moins de soldats signifient moins d’unités, et moins d’unités signifient également qu’il faut moins de casernes. Cela entraîne des tensions entre le monde politique et la hiérarchie militaire. » Il estime également que la politique belge doit décider d’urgence quelle armée elle souhaite conserver : « Si nous voulons maintenir des forces armées largement mobilisables pour assurer la sécurité des prochaines générations, il faudra inévitablement investir » Il s’exprimait au mois de juillet 2014. En novembre de la même année, c’est au tour des syndicats de monter au créneau. Pour eux, les économies prévues vont bien entraîner la fermeture de nombreuses casernes : Arlon, Bastogne ou encore Ypres. C’est précisément cela qui pourrait mettre en péril le bon fonctionnement de l’armée : « Nous craignons donc la perte d’au moins un tiers des effectifs et la fermeture de grands ensembles qui permettent de réduire dans l’immédiat des frais de fonctionnement, car c’est bien ce que recherche ce gouvernement : des économies immédiates. », a déclaré Patrick Descy, secrétaire permanent CGSP-Défense (un des syndicats de Défense les plus importants). Le nouveau gouvernement a chargé le ministre de la Défense Steven Vandeput de travailler sur un plan qui doit prévoir le futur de l’armée belge. Prévu pour Pâques, le dossier de ce plan stratégique a pris du retard.

C’est ce qui explique que le dernier conseil des ministres avant les vacances a chargé son ministre de la Défense de se pencher sur un plan stratégique pour les 15 prochaines années en concertation avec un groupe de travail, tentant d’accélérer le processus. Plutôt ambitieux, Steven Vandeput se propose de tripler le budget de l’armée d’ici 2030, pour l’amener «dans la moyenne européenne». Dans un communiqué du 24 juillet, il s’est voulu rassurant : «Je suis confiant quant au fait qu’après les vacances d’été, ensemble avec les partenaires de la coalition, nous allons développer un plan stratégique fort et ambitieux sur le long terme et un plan directeur reprenant les mesures qui devront être exécutées sous cette législature. » Effet d’annonce tellement tous les indicateurs sont dans le rouge. En février dernier, il reconnaissait lui-même que sa marge de manœuvre était nulle, difficile de faire ambitieux dans ces conditions. Autant dire que le groupe de travail va devoir se révéler très efficace pour relever le défi ! Dernièrement, on a appris que les officiers et sous-officiers étaient privés d’avancement jusqu’à la mi-2016 en attendant le plan et les décisions politiques sur l’avenir de la Défense belge. Cette annonce va sûrement provoquer frustration et colère au sein de l’armée même si le ministre a demandé à son personnel de faire encore preuve de patience en attendant les prochaines mesures. Elle illustre les difficultés actuelles.

Au regard de la situation, l’état de l’armée belge semble plutôt catastrophique et à terme, elle pourrait ne plus avoir la capacité d’intervenir dans des opérations extérieures. On voit déjà que ces effectifs, engagés à l’extérieur, sont en très nette baisse par rapport à il y a 4-5 ans. Pourtant la Belgique voudrait continuer à être vue comme un partenaire fiable au sein de l’UE, de l’OTAN et de l’ONU. La question est de savoir : est-ce encore possible ? si oui, pour combien de temps encore ? D’ailleurs, l’Institut royal supérieur de Défense, le think tank de référence de l’armée belge, en est plus que conscient : « Aujourd’hui, il faut déchanter : la présentation au Parlement des notifications budgétaires 2015-2019 ramène la Défense sur terre … meuble (…) Aujourd’hui, il convient de se poser une question horriblement existentielle : la Belgique est-elle encore capable de respecter ses engagements internationaux ? » Là est tout l’enjeu du gouvernement actuel comme des prochains !