La Belgique à l’heure de l’opération Homeland

opération Homeland 2015En France, il y a l’opération Sentinelle et en Belgique l’opération Homeland. Après les attentats de janvier, la Belgique a également déployé des militaires dans la rue, une mesure plutôt inhabituelle pour ce pays et qui a été décriée par certains politiques et syndicats militaires. Cela ne s’était plus vu depuis 30 ans. Alors que le dispositif avait été assoupli, il a été renforcé à cause des derniers attentats de Paris et de la situation de crise à Bruxelles.

Dès le 17 janvier, ce sont 150 militaires qui sont déployés. Ils proviennent d’unités terrestres comme le bataillon de Chasseurs ardennais, le 3ème Bataillon parachutiste ou le bataillon de Lanciers. Ils sont chargés de missions de protection et de surveillance de certains lieux « stratégiques« , comme des ambassades (États-Unis et Israël notamment), des installations du gouvernement belge ou encore des institutions juives. Le gouvernement fédéral a dû réadapter le protocole pour permettre ce déploiement. Le but était d’atteindre les 300 hommes au total.

Peu à peu, leur présence a été diminuée pour être ramenée entre 200 et 250. Il faut dire que le budget est plutôt conséquent. En septembre, le coût s’élevait déjà à 10 millions d’euros avec un début de conflit entre la Défense et l’Intérieur pour le règlement de la note. Les premières critiques commencent à poindre dans le rang des militaires. Le chef de la composante Terre le général Deconinck est inquiet du coût et estime que le dispositif ne pourra pas tenir dans la durée : « Je ne pourrais pas tenir un engagement de 1.200 hommes durant des années. On atteint les limites du système », déclarait-il au mois d’octobre.

opération Homeland 2015-2Les récents attentats à Paris ont changé la donne. Des militaires ont été déployés à Bruxelles mais aussi à Liège et à Verviers, la semaine dernière, pour atteindre le nombre de 520. A l’heure actuelle, ni l’armée ni le gouvernement ne veulent donner de chiffres exacts sur leur nombre. Le week-end a vu s’accélérer la mise en place du dispositif avec le niveau d’alerte au maximum. Cette fois-ci, des blindés militaires ont été vus dans les rues de Bruxelles et aujourd’hui 28 militaires ont été déployés à Charleroi. Ce sont surtout des Dingo II, véhicules de transport de troupes avec un blindage de protection. Parmi les unités mobilisées, on peut citer le 12/13ème bataillon de Ligne Prince Léopold de Spa, qui doit être projeté mi-janvier au Mali ; les paracommandos du 2ème bataillon de commandos de Flawinne, qui participait dernièrement à l’exercice de l’OTAN Trident Juncture ; le 5ème Ligne de Bourg-Léopold, qui a participé aux deux premières missions de l’armée belge au Mali en 2013 et qui a effectué un exercice dernièrement en terrain civil ; les chasseurs du bataillon chasseurs ardennais de Marche en Famenne, qui ont été déployés dès le début de l’opération Homeland et qui ont dû stopper l’exercice militaire de grande ampleur qu’ils effectuaient en province de Luxembourg vendredi soir suite à la situation d’urgence. Toutes ces unités ont participé à des opérations de l’ONU et de l’OTAN en ex-Yougoslavie, au Kosovo, au Liban, en Afghanistan et au Mali.

opération Homeland 2015-3Du côté de la Défense belge, on communique officiellement peu sur les détails de l’opération, qui n’est même pas nommée sur le site, mais on s’exprime sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, un album Homeland a été créé avec des photos du déploiement des militaires en Belgique. Les commentaires sont plutôt positifs : « merci à vous de nous protéger », « respect à vous tous » ou bien encore « des héros tout simplement ». Sur son compte Facebook, le chef de la Défense belge, le général aviateur Gerard Van Caelenberge, a mis en avant son implication dans cette opération en allant sur le terrain et en remerciant notamment les militaires et leurs familles : « Je profite de l’occasion pour remercier vivement de tout cœur le nombre considérable de militaires engagés, mais aussi leurs familles. La Nation fait appel à La Défense, et grâce à vous, à vos familles et aux services d’appui, elle répond présente ! » Du côté des syndicats, on en a profité pour demander plus de moyens car la sécurité n’a pas de prix : « il est grand temps que le gouvernement préserve les valeurs belges de liberté, protège notre  économie et comprenne que la sécurité n’a pas de prix. »

« Partout, en permanence, notre engagement, votre sécurité ». »Altijd en overal, onze inzet, jouw veiligheid ».

Posté par Defensie – La Défense – Belgian Defence sur lundi 23 novembre 2015

La situation est plutôt inédite pour l’armée belge, qui ne s’était jamais vue mise à contribution de cette façon contrairement à l’armée française. Elle a même dans certains cas appuyé des opérations de police en sécurisant le périmètre. On ne sait pas encore combien de temps va durer l’opération Homeland et si elle va se pérenniser. Cela pourrait amener la Défense et les politiques à communiquer de façon différente alors que jusqu’ici l’opération Homeland était vue comme une opération plus que mineure au terme très rarement utilisé à part deux-trois articles de presse sans importance.