Génocide arménien: le message fort du Pape qui évoque à nouveau pour l’occasion le sort des chrétiens d’Orient 

Le Pape François a célébré hier une messe pour les fidèles de rite arménien dans la basilique Saint Pierre de Rome en mémoire des victimes du génocide arménien de 1915. Le Vatican a d’ailleurs évoqué à cette occasion le rôle du pape Benoît XV qui a essayé d’intervenir auprès du Sultan Mehmed V pour faire cesser le massacre.

Lors de son intervention, le Pape François a parlé d’une troisième guerre mondiale « par morceaux », rappelant que le siècle dernier a été le théâtre de « trois grandes tragédies inouïes » dont le génocide arménien: « la première est celle qui est généralement considérée comme « le premier génocide du XXème siècle » (Jean-Paul II et Karekin II, Déclaration commune, Etchmiadzin, 27 septembre 2001) ; elle a frappé votre peuple arménien – première nation chrétienne – avec les Syriens catholiques et orthodoxes, les Assyriens, les Chaldéens et les Grecs. » Il a aussi évoqué à nouveau à cette occasion le drame des chrétiens d’Orient, mettant en garde contre l’indifférence coupable: « Malheureusement, encore aujourd’hui, nous entendons le cri étouffé et négligé de beaucoup de nos frères et sœurs sans défense, qui, à cause de leur foi au Christ ou de leur appartenance ethnique, sont publiquement et atrocement tués – décapités, crucifiés, brulés vifs –, ou bien contraints d’abandonner leur terre. Aujourd’hui encore nous sommes en train de vivre une sorte de génocide causé par l’indifférence générale et collective, par le silence complice de Caïn qui s’exclame : « Que m’importe ? », « Suis-je le gardien de mon frère ? »

Dans son message adressé aux deux patriarches orthodoxes (Karékine II et Aram Ier), au Patriarche catholique (Nerses Bedros XIX) et au Président de la République arménienne Serge Sarkissian, il a appelé de ses vœux à la réconciliation:« Que cette douloureuse occasion devienne pour tous un motif de réflexion humble et sincère, et d’ouverture du cœur au pardon qui est source de paix et d’espérance nouvelle…Que Dieu accorde que soit repris le chemin de la réconciliation entre le peuple arménien et le peuple turc, et que la paix advienne aussi au Nagorno Karabakh. Ce sont des peuples qui, par le passé, malgré les divergences et les tensions, ont vécu de longues périodes de cohabitation pacifique, et même dans le tourbillon des violences ont connu des cas de solidarité et d’aide réciproque. C’est seulement dans cet esprit que les nouvelles générations pourront s’ouvrir à un avenir meilleur et que le sacrifice de beaucoup pourra devenir semence de justice et de paix. »

La Turquie n’a pas tardé à réagir. Les autorités turques ont affirmé à l’ambassadeur du Vatican avoir été « profondément désolées et déçues » par la sortie du pape François. La Turquie a annoncé qu’elle rappelait pour consultations son ambassadeur au Vatican tandis qu’elle a convoqué le représentant du Vatican à Ankara au ministère des Affaires étrangères turc, afin qu’il s’explique sur la position du pape François. Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a qualifié les propos du pape de « partiaux » et « inappropriés ».