Élections départementales : vers un tripartisme en France, Valls engage sa responsabilité 

On attendait une forte abstention, au final elle n’aura été que de 49%. Les partis auront réussi à mobiliser leurs électeurs malgré le redécoupage électoral et le nouveau mode de scrutin. Il faut aussi y voir une volonté non seulement de Manuel Valls mais aussi de Marine Le Pen de nationaliser le débat. Pourtant certains élus socialistes préféraient se défendre sur leur bilan pour éviter d’être associés à la politique de François Hollande et donc d’attirer le vote-sanction des électeurs. Selon Jean-Marie Le Guen, le Secrétaire d’État, chargé des relations avec le Parlement, le PS est éliminé du second tour dans 524 cantons sur 2054 soit environ 25%. Le PS se voit relégué en deuxième position voir troisième selon les chiffres.

Florian Philippot, vice-président du FN, faisait remarquer avec raison que les résultats pouvaient être faussés selon ce que l’on comprenait pour l’UMP ou le PS. Les chaînes de télévision ont dans leur majorité compris dans PS, les divers gauches et union de gauche donc des binômes sans étiquette socialiste mais se revendiquant de gauche. C’est également le cas pour l’UMP qui a fait alliance avec l’UDI et le Modem, additionnée avec les divers droites. Il n’empêche que l’UMP est la grande gagnante même si le FN lui empêche de faire un score bien meilleur. En revanche l’écart est plus serré entre le PS et le FN avec un avantage pour ce dernier. Le parti de Marine Le Pen fait environ le même score qu’aux Européennes entre 25 et 26% et fait une poussée très importante dans plusieurs départements. Le PS oscille entre 19% et 28,13% pour les chiffres les plus généreux. La France a désormais trois partis politiques majeurs sur lesquels se portent les suffrages des citoyens. L’UMPS est désormais fini. La question est de savoir si l’UMP et le FN vont continuer de s’ignorer l’un l’autre, le premier pour des questions de posture morale et l’autre par revanche. Le Front de Gauche échoue une fois de plus à se porter comme une alternative au PS tout comme un rempart au FN. Le message ne passe plus. EELV s’écroule avec 2%. Quant à Manuel Valls, il continue de mettre sa responsabilité en jeu.

On savait que le premier ministre s’était personnellement fortement investi dans cette campagne électorale, délaissant d’un certain côté ses responsabilités au sein du gouvernement. Il a ciblé le FN comme principal adversaire, faisant planer la menace d’un chaos. Lors de sa première intervention télévisée après les premiers résultats, s’il a d’abord salué la mobilisation des électeurs il s’est félicité que le FN n’ait pas fait un score aussi haut que les sondages prédisaient, appelant à un sursaut républicain. On sait que les chiffres ne lui donnent pas raison. On se demande d’ailleurs pourquoi médias et politiques continuent à diaboliser le FN de manière si outrancière tellement cela n’a plus d’effet et que cela aurait plutôt tendance à avoir l’effet inverse. Selon le Huffington Post, 54% des candidats du FN, ayant fait des « dérapages », se sont qualifiés pour le second tour. On sourit quand dans sa déclaration de soirée électorale, Jean-Christophe Cambadélis, le président du PS, a parlé d’un « programme d’apartheid » du FN…n’est-ce pas un membre de son parti, actuellement premier ministre, qui avait parlé de l’existence d’un « apartheid territorial, social, ethnique » ? En mettant ainsi sa responsabilité en jeu et en faisant passer au second plan François Hollande, Manuel Valls risque bien de se « griller » politiquement, même s’il a assuré qu’il ne démissionnerait pas mais ça on l’avait compris depuis longtemps !

Le mandat de François Hollande aura marqué un tournant décisif dans la vie politique française avec l’apparition d’un tripartisme pour le moins inédit : FN, PS, UMP. Cela accrédite la thèse de certains cadres de l’UMP qui accusent les socialistes de faire monter le FN d’où la formulation peu orthodoxe de Nicolas Sarkozy : FNPS. A l’UMP, on va promouvoir le « ni-ni », Nicolas Sarkozy a été très clair dans sa déclaration : « l’UMP n’appellera à voter ni pour le Front national, avec lequel nous n’avons rien en commun, ni pour les candidats de gauche, dont nous combattons la politique. » La gauche parle de « faute morale et politique », voulant se montrer le parti républicain par excellence. Ce n’est pas pour autant que cela le sauvera d’une déroute totale dimanche prochain avec des conséquences non seulement politiques mais financières aussi. Valls pourrait dire adieu à ses rêves de présidentielles pour 2017 !