De l’exclusion de Jean-Marie Le Pen à Alexis Tsipras : comment le FN perd en crédibilité 

le pen philippot 2Hier, le bureau exécutif du FN a décidé à la majorité d’exclure Jean-Marie Le Pen du parti, une sanction plus que symbolique et forte. Pourtant, le feuilleton est loin d’être terminé même si certains au parti veulent se persuader du contraire. On a comme l’impression que plus le parti veut aller vite pour régler le problème plus il s’enfonce. La question n’est pas de savoir si oui ou non, il fallait exclure Jean-Marie Le Pen mais plutôt de s’interroger sur la façon dont les nouveaux dirigeants ont géré le dossier. C’est un peu l’effet Streisand. L’autre mauvaise nouvelle de soirée est la démission d’Alexis Tsipras, le premier ministre grec, ce qui signifie l’échec de sa politique. Or le FN l’avait ardemment soutenu et salué sa victoire aux dernières élections. D’une certaine façon, le parti y a engagé en partie sa responsabilité.

A sa sortie du bureau exécutif, Jean-Marie Le Pen était pourtant confiant, fort de ses arguments juridiques : « Nous avons eu des échanges de vues variés et divers. Le bureau exécutif a décidé de se donner du temps. » Il n’a pas fallu pourtant très longtemps pour que le bureau exécutif prenne sa décision à la majorité requise selon le communiqué du FN. Marine Le Pen et Florian Philippot avaient décidé de ne pas être présents par souci de partialité, une absence qui a fait tâche car s’apparentant plus à de la peur qu’à un véritable désir d’ impartialité. Selon toujours un autre communiqué paru dans la soirée, étaient présents Jean-François Jalkh, Wallerand de Saint-Just, Steeve Briois, Marie-Christine Arnautu, Nicolas Bay et Louis Aliot. Pourtant, dans une interview au JDD, Marie-Christine Arnautu s’est dit très surprise de cette décision, prise en son absence : « Je suis très surprise, d’autant qu’en quittant le siège du parti, tout à l’heure, j’avais compris que le bureau exécutif devait se retrouver vendredi matin pour discuter de nouveau le sujet. Certains, comme Louis Aliot ou moi-même, sont partis avant la fin des débats. Mais, encore une fois, nous devions nous revoir vendredi matin ou communiquer par mail. Je trouve très étonnant que le communiqué soit sorti aussi vite. C’est comme s’il avait été préparé en avance. Je réagis à chaud, mais je déplore cette décision et la méthode opérée. Tout cela est assez surprenant. » Une interview qui pose question : pourquoi cette précipitation ? Qui ment ?

Il semblerait ainsi que sur les huit membres du bureau, seulement quatre aient voté, les quatre autres étant absents au moment du vote. C’est le manque de transparence qui apparait en premier lieu dans la prise de décision, tout le monde soupçonnant Marie Le Pen et Florian Philippot d’avoir manœuvré par derrière malgré leur absence. La confusion ne fait que grandir malgré les allégations des principaux cadres du parti. Le tout n’est pas d’avoir le soutien des adhérents car il ne faut pas oublier la raison, qui a été invoquée, pour expliquer les procédures engagées contre Jean-Marie Le Pen : dédiaboliser encore plus le parti pour gagner des électeurs. Or s’il est certain que l’éviction de Jean-Marie Le Pen a peu de chance de faire des électeurs au FN, rien n’est moins sûr qu’elle lui apporte des voix. On peut rappeler, que lors de l’élection départementale partielle à Villeuneuve-sur-Yonne au début du mois de juillet, le binôme du FN a été éliminé dès le premier tour alors que le FN avait remporté initialement cette élection. Simple échec passager ?  Sur ce coup, le parti s’est plutôt fait discret. De plus le feuilleton est loin de prendre fin car il est certain que Jean-Marie Le Pen va engager d’autres procédures judiciaires face à une décision qu’il juge illégale et, au vu des éléments, il pourrait bien avoir raison. Durant les prochains mois, le parti risque d’avoir du mal à être audible sur des sujets de fond alors que les régionales approchent de plus en plus et que Marie Le Pen a décidé de se présenter une nouvelle fois dans le nord. Il s’est mis un peu tout seul dans cette situation et il est facile de reporter toute la faute aux médias. L’impréparation et la précipitation juridiques risquent de coûter cher au parti, et pas qu’en frais d’avocat !

En plus du feuilleton Le Pen, se mêlent le dossier grec et Alexis Tsipras, très largement soutenu par le FN pendant un moment. On a peiné à saisir la stratégie du parti, si ce n’est que Marine Le Pen n’avait qu’une cible en tête : l’euro et l’UE. Pour cela, elle n’a pas hésité à soutenir un parti d’extrême-gauche, prenant le risque de totalement se décrédibiliser. Dès le mois de février, soit un mois après l’élection du 1er ministre grec, Marie Le Pen retournait déjà sa veste dans un communiqué pour accabler Tsipras et se dédouaner de son soutien : « La capitulation grecque confirme notre analyse sur l’euro ! » Alors pourquoi cette obstination sur le dossier grec alors que les journalistes, eux-mêmes, avaient dû mal à saisir les tenants et les aboutissants de la situation grecque ? C’est encore une fois l’Europe. Pourtant le FN est pour le remboursement intégral de la dette, pas question de l’annuler en d’en effacer une partie, ajoutant « La dette grecque devient alors une question de politique étrangère. » Et c’est bien cette pression internationale, qui a poussé Tsipras dans ses retranchements et à la capitulation. On pourrait parler d’une stratégie brouillonne, pour un gain nul car l’Europe reste un sujet sensible au sein de l’électorat de droite conservateur et que Marine Le Pen peine à démontrer la faisabilité du passage de l’euro au franc, sans grave crise économique.

Le FN veut se présenter comme la seule alternative crédible pour 2017 et pour l’instant, il peine à le montrer véritablement faute d’une ligne idéologique assez solide, faisant preuve parfois d’un certain amateurisme. Il n’est certes pas le seul parti dans ce cas mais il prétend faire différemment, et on a dû mal à voir la différence. La droite ne lui manque pas de rappeler son soutien à l’extrême-gauche grecque. Si le conflit Copé-Fillon avait provoqué une crise médiatique, au sein de l’UMP, pendant plusieurs semaines…que dire du conflit Le Pen qui dure depuis des mois sans conclusion visible à court terme ? Le parti manque de sérieux sur la question, d’un point de vue judiciaire. C’est sans doute le côté familial du conflit qui explique le manque de raison dans le traitement du dossier. Le parti n’a plus qu’à espérer pouvoir limiter les dégâts et obtenir le positif qu’il escomptait !