Coupe du monde : le rugby français est-il en faillite et traumatisée ? 

XV de France 2015L’élimination du XV de France par les All Blacks, samedi dernier, sur le score humiliant de 62-13 semble avoir beaucoup plus traumatisée le monde du rugby qu’on ne le pensait. En France, on voulait croire à un exploit. On aura eu une déroute, que personne ne pouvait imaginer. Ce match rentre même dans le livre des records. C’est la plus large victoire d’une équipe dans un tableau final de Coupe du monde de rugby : en terme de points et d’écart final. Cette élimination cuisante semble avoir des répercussions plus profondes qu’on ne pensait.

Les jours précédents ce quart de final, beaucoup pensaient que la France pouvait faire un exploit. On revoyait la finale de la coupe du monde de 2011. Samedi soir, un auditeur de RMC parlait d’un Knysna du rugby français sans le bus. Les heures, qui ont suivi cette défaite, ont confirmé en partie cette analyse. Toutes les certitudes ont été balayées en une seule soirée. On a pointé du doigt le Top 14, la formation du rugby français et la fédération nationale. On commençait à chercher des responsables. En gros, on a remis en cause tout un système après un match qui marquera profondément le rugby français pour quelques années.

L’ancien sélectionneur français Bernard Laporte a eu des mots très durs : « Tous les gens qui sont en place sont des irresponsables. C’est de leur faute à eux (…) La problématique de ce sport, c’est qu’il est dirigé par des gens qui ne connaissent pas le rugby. C’est le drame. » L’analyse d’un autre ancien sélectionneur Jean Skrella est tout aussi sévère : « Les clubs développent des économies, ont besoin de résultats et ne font pas jouer des jeunes qui seraient des potentiels pour l’équipe de France, mais recrutent directement à l’étranger des joueurs confirmés. Mais on ne peut pas en vouloir aux clubs, c’est comme ça. En attendant, l’équipe nationale en pâtit puisque le réservoir de sélection est pratiquement divisé par deux. Il y a donc beaucoup moins de concurrence à chaque poste et au bout d’un moment on a fait le tour. Aujourd’hui, on commence à se poser des questions mais c’est trop tard. » En gros, on aurait perdu des années.

Pour Pierre Salviac, ancien journaliste français spécialiste du rugby et polémiste, le mal est beaucoup plus profond : « Je pense que si notre jeu est devenu aussi primaire, c’est la faute des entraîneurs du Top 14. Ils ont réduit le rugby à un sport de collisions au détriment du jeu d’évitement qui était son ADN dans notre pays avant le professionnalisme (…) Depuis 2008 qu’existent des compétitions mondiales rassemblant les moins de 20 ans, jamais le XV de France n’a remporté le titre. C’est dire à quel point le mal est profond. Et qu’on ne rattrapera pas le temps perdu seulement en donnant priorité à la Coupe du monde des nations sur la Coupe d’Europe des clubs. Qu’est-ce qui cloche dans notre rugby ? Comme le dit Jean-Pierre Élissalde, le seul consultant hors système, c’est la formation. » Ce n’est pas rassurant pour les prochaines années.

La fédération française de rugby a mis quelque temps à réagir, reconnaissant son échec par la voix de son président Pierre Camou : « En tant que président de la FFR, j’assume totalement ma part de responsabilité. La fédération a choisi Philippe Saint-André comme sélectionneur-manageur du XV de France et lui a maintenu sa confiance pendant les quatre ans de son contrat. C’est un choix que j’assume. » Mais on a surtout vu une le début d’une guerre entre la Fédération, qui veut que les nationaux français soient plus protégés dans le Top 14, et la Ligue Nationale, qui ne veut pas porter la responsabilité de cet échec : « La défaite de samedi, historique par son ampleur et son contenu, est un échec majeur qui touche tout le rugby français. Elle doit amener les institutions à réagir et la LNR y est prête. Il faut d’abord constater avec lucidité que cette défaite est celle d’un encadrement, et de son groupe de joueurs, à l’issue d’un cycle de 4 ans où il n’a jamais vraiment su inscrire un projet de jeu dans la continuité (…)Cela suppose que le rugby professionnel français ne serve pas de bouc-émissaire, responsable de tous les maux. La Ligue Nationale de Rugby ne l’acceptera pas. Le Top 14 a fait évoluer de façon considérable notre rugby et est considéré aujourd’hui comme le meilleur championnat au monde. » Jeudi, un bureau fédéral extraordinaire de la FFR est convoqué.

 Le départ de Philippe Saint-André était déjà acté avant cette élimination. C’est Guy Novès, ancien entraîneur et manager du Stade Toulousain, qui va avoir la lourde responsabilité de prendre la succession et de trouver les remèdes. Peut-on parler de faillite ? C’est le ton général des analyses, qu’elles viennent de commentateurs ou qu’elles viennent d’anciens professionnels du milieu. Il est vrai que, depuis quelques années, le XV de France a des performances moyennes. On semblait ne pas vouloir voir la réalité. Toutefois, le traumatisme semble bien plus profond que ne l’est réellement la faillite !