Charlie Hebdo : le sommet de l’hypocrisie politique 

chefs d'état charlie hebdoA l’occasion des derniers événements tragiques, on a beaucoup entendu cette fameuse phrase de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », citation tellement vraie ! Chacun a pu se féliciter de ce jour historique, de cette levée du peuple français comme si on rejouait 1789. En fait, on a surtout envie de dire : bravo les politiques d’avoir si habilement joué et manipulé pour empêcher que les citoyens français vous demandent des comptes. Il fallait y penser : organiser une manifestation nationale puis internationale de grande unité pour la démocratie, la liberté d’expression plus que la France en elle-même pour éviter de parler des vrais problèmes.

Historique est bien le mot mais le tout est de savoir quel sens l’histoire donnera à cette manifestation dans les années futures ? Le peuple français n’a pas eu son mot à dire. Jouant sur l’émotion comme bien trop souvent dans nos sociétés, le gouvernement français a proposé une manifestation à tous les citoyens. C’est vite devenu l’occasion pour n’importe quel dirigeant de venir se faire une petite santé médiatique et de communication, le tout à peu de frais surtout pour ce que cela a été. En fait, les dirigeants ont à peine marché et se sont contentés de rester entre eux, ce qui rend d’autant plus pathétique le tweet de l’Elysée : le président François Hollande marche avec tous les citoyens pour la démocratie, la liberté et le pluralisme ! On a atteint un sommet avec la venue d’Erdogan dont le rôle ne cesse d’être ambigu vis-à-vis de l’État Islamique notamment à cause d’Assad et des Kurdes. Faut-il rappeler que la Turquie est le pays où transitent les djihadistes étrangers ? On le sait depuis longtemps mais rien ne semble être véritablement fait. Mais plus que cette supercherie, aucun français ne s’est posé la question de savoir : comment on a pu en arriver là ? N’est-ce pas l’échec de la politique de ces quarante dernières années où on a cru pouvoir assimiler en masse, où on a fermé les yeux par angélisme ? N’est-ce pas la conséquence d’une diplomatie désastreuse à renfort de beaux principes, loin du pragmatisme ? Cette manifestation avait des allures : oui notre société marche, elle peut marcher, elle doit marcher parce qu’elle ne peut pas échouer. On se trouve dans le déni le plus total. Or on ne peut pas lutter face à une idéologie par du néant, du vide car face à l’islamisme le plus radical, notre société qui se croit la meilleure ne peut qu’opposer l’individualisme, la recherche du confort, le matérialisme, la course effrénée à la consommation, le règne de l’argent… tout un programme !

En fait, ce qui se passe est vraiment un déni fait d’incohérences mais qu’aucun français ne relèvera parce qu’il ne réfléchit pas, ne pense plus par lui-même alors que c’est justement ce que prétend défendre le système démocratique. On ne veut plus entendre parler de blasphème et pourtant comme le fait si bien remarquer Alexandre Del Valle le terrorisme intellectuel existe. Le blasphème religieux n’est pas condamnable mais le blasphème pour islamophobie, racisme, homophobie existe bien pénalement même s’il ne dit pas son nom, preuve que la liberté d’expression a bien et aura toujours des limites. Les mêmes, qui pointent les catholiques du doigt pour leurs croisades, partent faire les leurs pour la démocratie en Irak, en Libye, en Afghanistan semant la haine de l’Occident et de son modèle derrière eux. On en a bien prêché une pour la Syrie mais elle n’a pas abouti. C’est ignorer à quel point dans les pays arabes, les charlie hebdo pariscroisades, même si elles sont lointaines, continuent de rester dans les mémoires. C’est bien le président Bush, même si par la suite il a regretté ses propos, qui a parlé d’une croisade contre le terrorisme. Aujourd’hui, les occidentaux sont bien vus comme des croisés qui viennent conquérir les pays musulmans. Nous ne voyons que trop bien où ces guerres nous ont conduites, les problèmes loin de s’arranger ne faisant que s’accumuler. Le lien diplomatique, rompu avec la Syrie, et par là ses services de renseignement nous a peut-être coûté cher car ces derniers nous ont toujours été précieux pour lutter contre le terrorisme. En Afghanistan, on a fêté l’attentat contre Charlie Hebdo !

Mieux que cela, on a assisté ces derniers temps à un relent de guerre d’Algérie parce qu’il n’y a pas eu une telle tension en France depuis les attentats du FLN et de l’OAS. On avait l’impression d’entendre les mêmes cris : il faut que cela cesse, et certains de réclamer des lois d’exception, l’état d’urgence et un Patriot Act avec les dérives que l’on sait. Nous faisait-on un remake de la bataille d’Alger ? Du jamais vu non plus, les forces de l’ordre applaudis par une foule en liesse comme les parachutistes ont pu l’être à Alger après avoir rétabli l’ordre. Mais plus que cela, on pouvait avoir en tête ces images incroyables de mai 1958 où les populations européenne et algérienne ont défilé ensemble dans ce qu’on a présenté dans un bel élan de fraternité, montrant que les deux communautés pouvaient cohabiter ensemble…on connait la suite ! On sait tous que rien est vraiment comparable mais il n’en reste pas moins que ceux qui prônent et croient en ce vivre-ensemble, n’ont jamais cru en celui de l’Algérie française et ont réclamé l’Algérie algérienne, qui a vu le jour après une tragédie qui a frappé chaque communauté et dont la France ne s’est toujours pas remise véritablement. Les circonstances sont certes différentes mais il serait peut-être temps pour la France et les Français de se remettre en question et de se ressaisir pour éviter d’autres drames et tragédies !

En conclusion de ces tragiques attentats, dont on a déjà tant et trop parlé, on ne peut s’empêcher de penser que ce mouvement d’unité nationale n’est que piètre hypocrisie politique surtout quand on voit les querelles politiques qui l’ont entouré. C’est le peuple français qui aurait dû créer cette dynamique. On aurait dû tous crier : Je suis français car c’est la France dans son ensemble qu’on a attaqué mais ce pays ne fait que communautariser à chaque tragédie pour montrer qu’il lutte contre le communautarisme ! Aucun n’a réclamé des comptes aux politiques, personne n’a cherché les causes, préférant dénoncer les autres. Pendant ce temps, le gouvernement pourra faire passer ce qu’il veut, profitant de l’accalmie. C’est bien dommage et on ne pourra m’empêcher de penser qu’on a plus ignoré le problème que l’on n’a cherché à le régler ! Demain, tout le monde sera trop occupé à faire les soldes !

Ps : à tout hasard, je rappelle que Boko Haram, mouvement islamiste, a massacré cette semaine 2000 personnes sans que cela n’émeuve personne