« C’est bien une OTAN économique sous tutelle américaine que cherche à créer le Traité Transatlantique » : Alain de Benoist au Cercle Aristote 

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Alain de Benoist

Quels sont les enjeux et les dangers du Traité Transatlantique ? C’est la question à laquelle Alain de Benoist, reçu au Cercle Aristote ce lundi 2 février 2015, s’est attelé, à l’occasion de la sortie de son ouvrage Traité Transatlantique et autres menaces (éditions Pierre Guillaume de Roux). Négocié à Washington et Bruxelles, le Traité Transatlantique, dit aussi TTIP, consiste en l’installation d’une zone de marché entre les Etats-Unis et l’Union Européenne. Avec 800 millions de consommateurs, cet accord représenterait la moitié du PIB mondial et 40% des échanges mondiaux. Projet fomenté depuis les années 1990 et réactivé à l’aube des années 2000, l’absence de transparence des mesures alimentant cet accord a frappé l’opinion.

Le philosophe a tenu à rappeler les objectifs de ce traité ainsi que les conséquences de l’application d’une telle zone de marché. Si la suppression des droits de douane n’impliquerait pas d’effets macro-économiques majeurs, deux autres mesures du TTIP menacent directement la gestion souveraine des nations européennes. Ainsi, l’élimination progressive des barrières non tarifaires engendrerait un asservissement des réglementations de l’Union Européenne sur le modèle Etats-Unien, dont les exigences, favorables à une plus grande libéralité du commerce se verraient l’emporter sur des prescriptions européennes plus rigoristes (en termes sanitaires, politiques, …). Opportune pour la diffusion des normes américaines, cette mesure aura des impacts majeurs à l’échelle nationale, s’exprimant dans tous les domaines (sanitaire, environnemental, audiovisuel, social, etc.). A cet égard, la mise en place d’un mécanisme dit d’arbitrage des différends entre Etat et investisseurs privés est la deuxième mesure aberrante du traité ; visant à protéger les multinationales et sociétés privées, il sera désormais possible pour celles-ci de traîner les Etats devant une législation constituée de juges et d’experts privés, où le recours à l’appel est impossible et le montant des dommages et intérêts illimité ! « Les multinationales vont se voir conférer un statut juridique égal à celui des états nations », remarque Alain de Benoist, qui rappelle que des entreprises ont déjà engagé des procès en ce sens – en 2006, l’OMC a sanctionné l’Union Européenne pour avoir refusé l’acheminement d’OGM sur son territoire

Pour le conférencier, l’objectif final d’un tel accord est l’installation d’une politique hégémonique américaine ; la mise en place de cette immense zone de libre-échange occidentale renforcerait ainsi le statut des Etats-Unis, empêchant parallèlement des possibilités d’accords entre l’Union Européenne et la Russie. Cette alliance économique, selon Barack Obama « aussi forte que l’alliance diplomatique et militaire représentée par l’OTAN », est la racine d’un enjeu politique global visant à la mise en place d’une Union transatlantique, bloc politico-économique aspirant à une gouvernance mondiale. 

Les recours au TTIP semblent minces et l’absence de visibilité des tractations est préoccupante. La Commission Européenne a récemment déclaré rendre officielle les nouvelles négociations actuellement en cours. Cette diffusion permettra, si ce n’est de prendre la mesure des applications déjà mises en place, de constater l’ampleur des ambitions américano-bruxelloises. A cet égard, rappelons qu’Alexis Tsipras, nouveau premier ministre Grec, avait déclaré en mai dernier être formellement opposé au caractère secret des négociations et semblait plutôt hostile aux mesures révélées de l’accord transatlantique.

Le Traité Transatlantique et autres menaces, Alain de Benoist, éditions Pierre Guillaume de Roux

Le Traité Transatlantique et autres menaces, Alain de Benoist, éditions Pierre Guillaume de Roux