Canal +, Ligue, présidents : le football français va-t-il dans l’impasse ? 

aulas labruneL’annonce par les clubs parisien et marseillais de boycotter Canal + jusqu’à la fin du championnat a provoqué de nombreuses réactions. Cette décision est le fruit d’une situation qui n’a cessé de s’envenimer depuis plusieurs semaines entre l’arbitrage, certains présidents et certains joueurs. Les sanctions de la commission de discipline envers Zlatan Ibrahimovic et Dimitri Payet ont provoqué cette décision conjointe prise par les deux clubs. Comment en est-on arrivé là ? C’est la question que tout le monde se pose. On pourrait bien être dans une impasse.

Après cette annonce de boycott, on a appris que la Ligue était sur le point d’envoyer un courrier à Canal + pour rappeler la chaîne à l’ordre notamment sur les clauses du contrat : « tout attributaire s’engage (…) à ne pas promouvoir des scènes contraires à l’image du football (attitudes inappropriées des acteurs ou des spectateurs) et à donner une image positive du football en mettant l’accent sur les beaux gestes et le beau jeu. Plus généralement, tout attributaire s’engage à ne pas dévaloriser l’image de la Ligue 1, des clubs, de la LFP et du football professionnels. » La Ligue serait prête à interdire les caméras dans les couloirs pour ne laisser que les images de terrain. La chaîne n’a toujours pas réagi mais la journée de dimanche risque de s’annoncer tendu, Canal + diffusant le soir  Bordeaux-Marseille, un match de prestige alors que l’OM doit impérativement gagner et qu’il n’a plus gagné à Chaban-Delmas depuis des années.

Mais où trouver les responsables de cette situation ? Le président de l’OL, Jean-Michel Aulas, a été le premier à se plaindre de l’arbitrage sur Twitter semaine après semaine, se posant en victime. Assez habile communicant, il a compris toute la force du réseau social jouant sur l’ambiguïté. C’est de là qu’est né un affrontement avec Vincent Labrune, le président de Marseille, qui a monté un dossier sur les propos de Jean-Michel Aulas contre l’arbitrage. Les arbitres sont devenus sujet de tensions entre joueurs et présidents depuis le match contre Monaco où l’OM s’est estimé lésé, le match OM-OL, la procédure contre Payet et les insultes d’Ibrahimovic. On est plus dans l’affrontement d’ailleurs que dans une volonté d’améliorer la situation, chacun cherchant à attiser pour profiter de la situation. Pour l’instant les présidents concernés ne veulent pas d’apaisement mais cherchent plutôt à se donner une image vis-à-vis des supporters et à protéger leur équipe. Il semble que désormais le PSG soit sur la voie de Marseille et de Lyon. De son côté, Jean-Michel Aulas a osé déclarer sur Twitter : « Contrairement à ce que pensent certains, Twitter n’est du domaine public c ‘est une communication régulée seuls les followers validés sont informés…Ce qui signifie en clair que la diffusion par médias interposés de Twittos personnels ne peut être retenue comme une déclaration publique. » Il sait très bien que ces tweets sont repris dans les médias et il s’en sert également pour communiquer puisqu’il ne donne pas d’interviews. De plus son compte n’est pas privé et ouvert à tous et chacun peut y avoir accès. Si juridiquement ce cas pourrait faire débat comme cela a déjà été le cas avec Facebook, il sait pertinemment qu’il s’adresse au public. Cette réaction n’est qu’hypocrisie.

Il n’en reste pas moins que la Ligue a créé un précédent en se basant sur des images pour sanctionner des joueurs. Le cas est plus limite pour Dimitri Payet, les images ayant été diffusées par Canal + 24 h plus tard et le joueur ne s’adressant pas à une caméra, contrairement à Zlatan Ibrahimovic. Les caméras sont désormais omniprésentes à tel point que certains joueurs mettent désormais la main devant la bouche pour qu’on ne lise pas sur leurs lèvres. Est-ce pourtant la faute au diffuseur ? Cela peut se discuter. On peut estimer qu’il les diffuse pour le buzz parce c’est le PSG et l’OM. Maintenant savait-il que cela allait déboucher sur une sanction et lourde dans le cas du joueur parisien ? Il semble qu’il soit urgent pour la Ligue de définir un nouveau cadre légal, du moins d’en informer les clubs et d’en discuter. Le joueur peut désormais être sanctionné en dehors du terrain. On avait déjà eu un début de sanction a posteriori avec l’introduction de la vidéo pour certains gestes sur le terrain qui auraient échappé à l’arbitre. La Ligue va désormais plus loin mais elle l’a fait à cause d’une pression et d’un buzz médiatique et quand on prend des décisions dans ce genre de situation, elles ne sont jamais bonnes. Incriminer Canal + qui paye cher des droits est un peu limite comme procédé ! Les clubs doivent désormais prendre en considération cette situation et demander à leurs joueurs de se comporter correctement du terrain jusqu’aux portes du vestiaire. Il n’y a rien de choquant ou d’exagéré à cela !

Il y a un temps où l’exposition médiatique n’était pas la même dans le foot, où il n’y avait pas autant d’argent mais aujourd’hui c’est le cas. Présidents et joueurs qui ont longtemps joui de cette situation voient désormais que cela peut se retourner contre eux. On ne peut pas tout avoir le beurre et l’argent du beurre comme le dit si bien l’expression. Paris veut être un grand club et bien il assume ce statut. En même temps, les clubs et les joueurs ne peuvent pas appeler les supporters au respect et à lutter contre le racisme à travers des campagnes dans les stades s’ils ne sont pas capables eux-mêmes sur le terrain et en dehors de respecter l’arbitre, preuve que tout cela est bien superficiel et seulement pour l’image. Il n’en reste pas moins que la Ligue devra définir un nouveau cadre légal car elle pourrait se trouver dans l’impasse ainsi que les clubs. Ce feuilleton sur l’arbitrage n’est pas à la gloire du football français !