Belgique : pourquoi le remplacement des F-16 est-il un dossier si important pour l’avenir de la Défense belge 

logo rmesDans une longue note de 62 pages publiée sur le site du RMES (réseau multidisciplinaire d’études stratégiques), trois universitaires belges : Wally Struys, Joseph Henrontin et André Dumoulin font le point sur le dossier du remplacement des F-16 belges dans une analyse fouillée et très poussée de qualité. Ce dossier se révèle d’une extrême importance pour la Belgique à différents niveaux et s’inscrit dans la logique des questions posées sur l’avenir de son armée.

Le ministère de la Défense belge est en train de travailler sur la présentation d’un plan stratégique de dix ans. Ce n’est qu’après la parution de ce plan que ce sera lancé véritablement la phase de programmation sur le remplacement des F-16 pour connaître les besoins exacts avant d’aborder la phase d’acquisition dans le but de signer un accord en 2018. La Composante air a une importance capitale, souligne la note : « dans ce cadre (d’opérations internationales), une Défense sans capacité aérienne n’est ni crédible, ni efficace et risque de reléguer définitivement la Belgique dans la liste des passagers clandestins « profitant de la sécurité offerte par ses voisins et alliés. » Mais surtout la Belgique, peu à peu, n’a plus participé à des opérations terrestres de haute intensité depuis la mort au Rwanda de 10 paras-commandos le 7 avril 1994. En 2000, le gouvernement Verhofstadt I y a définitivement renoncé. C’est ainsi que la Composante air a pris une place particulière en Belgique et qu’elle doit être opérationnelle : « si la Belgique désire montrer sa solidarité avec ses partenaires et participer à une opération multinationale, mais qu’elle ne dispose pas d’avions de combat, elle peut subir des pressions afin de déployer des troupes au sol dans un environnement risqué puisqu’elles dépendraient entièrement de l’appui aérien des partenaires, qui peuvent avoir d’autres priorités. » Il s’agit d’éviter d’avoir à intervenir au sol.

La note rappelle également que le fait de posséder d’avions de combat opérationnels permet à la Belgique de peser dans le processus décisionnel de coalitions militaires. D’autre part, pour répondre aux exigences de l’OTAN, il est indispensable d’avoir à disposition une force aérienne crédible à défaut d’avoir une forte Composante terre : « la force aérienne est la seule composante de l’armée belge qui soit aujourd’hui capable de combattre sur tout le spectre des opérations » C’est d’autant plus vrai que le budget de la Défense est de plus en plus critique, un point sur lequel revient la note : « il convient de faire des choix en se focalisant sur des missions où la Belgique possède de véritables compétences spécifiques reconnues, constituant une plus-value pour nos partenaires. » Il est vrai que la Belgique a souvent insisté sur le savoir-faire de ces pilotes de F-16. D’où la question, quelle priorité pour le budget de la Défense alors que les autres composantes vont être concernées par des renouvellements d’équipements à peu près en même temps ? Il apparait que, de toute façon, dans le cadre du remplacement des F-16, il faudra faire appel à un budget spécifique : « dans le cas du financement de l’acquisition de nouveaux avions de chasse, il est clair que le budget des dépenses en capital, même cumulé sur plusieurs exercices, ne suffira pas. »

De son côté, le syndicat le plus important de Défense, la CGSP-Défense proche du PS, n’est pas contre le fait de garder une forte capacité aérienne mais elle ne voudrait pas que les autres composantes soient délaissées : « pour Patrick Descy, la grande crainte est qu’à force de délaisser les Composantes médicale et terrestre, l’armée belge risque de se résumer à quelques avions de combat, dont la maintenance ne sera même plus assurée par des militaires belges (…)Le syndicat ne veut pas que l’Armée belge se réduise demain à simplement 40 avions et quelques hommes autour, casernés aux Pays-Bas suite à la fermeture de la majorité des bases belges ! » Une vision alarmiste mais pas forcément irréaliste !

D’autre part, la note revient sur le peu de considération des politiques envers la Défense : « s’il est évident que la Défense doit participer à la consolidation solidaire des finances publiques, force est cependant de constater que les décideurs, tout comme le grand public, se soucient peu de la Défense, alors qu’il s’agit d’une fonction régalienne importante. » Cette situation est due à un contexte particulier, complètement différent de la France : « il n’y a pas en Belgique, de la part des citoyens, et à la fois pour des motifs historiques, sociologiques, politiques et culturels, de véritable culture militaire partagée et encore moins de culture stratégique (…) la posture belge, quelque peu indifférente, n’aide en rien le soutien à l’institution ni à la représentativité au sein des instances parlementaires. » Si on ajoute la complexité du modèle politique belge, le processus de décision parait compliqué et les questions de Défense ne seront pas forcément primordiales. La note évoque également l’idée d’une armée dite « orangiste », c’est-à-dire belgo-néerlandophone comme c’est déjà le cas pour la surveillance de l’espace aérien.

La note est trop longue pour pouvoir se pencher sur tous les points qu’elles abordent de façon très intéressante. Dans le choix final, les trois universitaires font remarquer qu’ : « en définitive les avantages politico-économiques constitueront un argument important. » La question du nucléaire américain en Belgique est aussi évoquée, un élément qui pourrait être déterminant. Le dossier est d’autant plus pressant qu’il faut que les F-16 vieillissants soient changés avant qu’ils ne mettent en danger la vie des pilotes, c’est-à-dire 2023. Ce que la note met en partie en avant, c’est que le dossier a une place capitale dans la vision stratégique du futur de la Défense belge.

Pour lire la note en entier: http://www.rmes.be/wp-content/uploads/2015/08/Remplacement-des-F-16-belges-16-aout-2015.pdf