Belgique : le vote catalan et l’idée d’une Flandre indépendante 

bdwLes élections en Catalogne ont remis quelque peu dans le débat politique en Belgique la question d’une indépendance de la Flandre. Le « communautaire », comme on dit, n’a cessé de pourrir la vie politique belge depuis plusieurs années. Il n’est donc pas étonnant que les principaux cadres de la N-VA (Nouvelle Alliance Flamande) aient suivi avec la plus grande attention le vote en Catalogne. Cela les intéressait au plus haut point. Les observateurs de la politique belge ont été plus discrets car ils savaient que, malgré des similitudes, le cas de la Flandre était différent de celui de la Catalogne. La question a toutefois été inévitablement posée au moins légèrement. Même cinq ans après, la crise de 2010 n’a été oubliée par personne.

Dimanche soir, plusieurs membres de la N-VA ont salué la victoire des indépendantistes catalans avec son président Bart de Wever, en tête: « Les Catalans ont envoyé un signal clair et qui ne peut pas être ignoré : ils se sont prononcés pour une Catalogne souveraine. J’espère que les gouvernements espagnol et catalan collaboreront sans tabous pour parvenir à une solution politique. » C’est également le cas du ministre-président flamand Geert Bourgeois : « Je veux féliciter mon collègue Artur Mas pour sa victoire et je me réjouis de pouvoir renforcer les relations entre la Flandre et la Catalogne au cours des prochaines années. » Des félicitations pas anodines et qui sont bien la preuve que le parti nationaliste flamand n’a pas renoncé à son idée d’une Flandre indépendante. Cela peut faire un peu désordre alors que le parti fait partie du gouvernement fédéral. Des membres du gouvernement, seul Theo Francken s’est laissé aller à quelques tweets d’informations sur le vote catalan : pas de félicitation enthousiaste mais une orientation marquée pour montrer la victoire des indépendantistes alors que certains observateurs nuancent les résultats. Certains y verront le double-jeu continuel de la N-VA avec son fameux « agenda caché ». Pour le coup, comme l’a fait remarquer la Libre Belgique, le parti flamand s’est fait plutôt discret sur cette victoire et a montré sans plus son enthousiasme. Mais l’idée reste présente.

Parlement flamandJan Segers, éditorialiste du quotidien flamand Het Laatste Nieuws, déclarait dimanche matin dans une émission de RTL Info : « La Flandre n’en veut pas, il faut le répéter pour la énième fois, la Flandre ne veut pas de l’indépendance. Il y a des sondages tout le temps, année après année, et ça ne change pas. Il y a très peu de Flamands qui se battraient pour l’indépendance flamande. » Le chroniqueur francophone Michel Henrion a préféré nuancer cette analyse : « C’est la même chose en Catalogne. On voit que dans les sondages la moitié des Catalans disent qu’ils se sentent dans l’identité aussi bien espagnole que catalane, ce qui n’empêchera peut-être pas le mouvement de se faire. La grande différence, c’est que la Catalogne est minoritaire en Espagne, alors que la Flandre est très majoritaire en Belgique. » En septembre 2010, au plus fort de la plus longue crise politique du pays, certains politiques francophones de premier plan n’hésitaient plus à parler d’une possible scission de la Belgique et les médias évoquaient différents scénarios. Il n’en est plus question aujourd’hui et le gouvernement Michel a promis qu’il n’y aurait pas de « communautaire » durant cette législature. La scission de BHV (Bruxelles-Hal-Vilvorde), une des revendications flamandes à l’origine de quelques crises politiques, a été votée en 2012 sous le gouvernement précédent du socialiste Di Rupo, qui estimait à l’époque avoir sauvé la Belgique. Pour certains, ce n’est qu’une étape vers l’indépendance de la Flandre et la N-VA, qui n’a pas renoncé, reviendra avec d’autres revendications.

En 2014, la formation du dernier gouvernement s’est faite de façon rapide. Les Belges n’y étaient plus habitués depuis quelques années. L’arrivée de la N-VA au pouvoir a provoqué quelques inquiétudes mais au final la polémique aura porté sur la « xénophobie » du parti et ses liens avec certains milieux d’extrême-droite flamands. On aurait presqu’oublié son programme sur l’indépendance de la Flandre. Sur son site, le parti est explicite : « Notre but final est, en effet, une Flandre indépendante en tant qu’État membre européen, mais le chemin pour y parvenir est jalonné d’étapes et doit être parcouru dans le respect de la démocratie. » Il parle aussi d’un état confédéral et il y a fort à parier que cela reviendra dans le programme électoral de la N-VA pour 2019. C’est en tout cas ce que pense Bart Brinckman du Standaard dans son édito d’hier : « Si Bart De Wever ne parvient pas à forcer le glissement vers le confédéralisme après les élections de 2019, il considérera son engagement politique comme un échec. » La question est de savoir si l’UE permettra une telle scission ? Sur ce point, il faut rappeler que le parti flamand n’est pas un parti europhobe, comme on dit, et veut une Flandre forte au sein de l’UE en tant qu’État-membre. C’est ce qui explique que l’avis de l’UE est capital dans ce dossier. Le dernier point d’achoppement reste la ville de Bruxelles, revendiquée comme ville flamande mais dont la majorité de la population est francophone. Les points seraient également nombreux à traiter en cas de scission : quid de la dette publique ? de l’armée ? du sport ? Les questions sont nombreuses. C’est pourquoi l’indépendance de la Flandre est un dossier bien plus complexe que ce que la N-VA veut faire croire à ses électeurs.

Tout le monde a envie d’oublier 2010, une crise qui a eu des répercussions jusque dans la famille royale (le roi Albert II, fatigué, aurait abdiqué en 2013 en partie pour ne pas avoir à gérer une autre crise politique de cette ampleur). Depuis décembre 2011 et la mise en place du gouvernement Di Rupo, le climat politique s’est plutôt calmé. À l’époque, la N-VA avait été lâchée par les partis flamands et écartée du gouvernement. Aujourd’hui, elle est au pouvoir mais elle a décidé de ne pas brusquer les choses. On peut y voir une certaine normalisation auprès de l’opinion publique : on peut gouverner et on n’est pas des extrémistes. Elle tient pour l’instant sa parole de ne pas parler de « communautaire ». Mais l’idée d’une scission de la Belgique reste toujours présente dans les esprits. Ce n’est sans doute pas un hasard si la presse belge a autant traité la question des élections catalanes au point d’y consacrer tout un dossier pour certains journaux.