Anthony Martial-Monaco-MU : le football business totalement hors de contrôle ! 

Anthony MartialLa somme du transfert du jeune joueur Anthony Martial de Monaco à Manchester United a provoqué de nombreuses réactions que ce soit en France ou en Angleterre d’ailleurs. Il faut clarifier dès le départ le chiffre du montant. D’abord, ce ne sont jamais les clubs qui communiquent dessus. Les chiffres sont confidentiels et ne sortent que dans la presse. On évoque donc 60 millions d’euros plus des bonus s’élevant à 20 millions d’euros, ce qui ferait 80 millions d’euros au total. Anthony Martial aura donc coûté 80 millions d’euros…si les bonus, dont on ne connait pas vraiment la teneur, sont atteints. Le transfert d’un joueur a complètement changé de dimension, ces dernières années, même si sur la forme on constate toujours une certaine constante. On peut clairement parler d’une dimension « investissement » mais le sportif reste toujours bien présent. L’inflation des prix est constante et ne semble pas se ralentir bien au contraire…

Oubliez Zidane, Anthony Martial est le joueur français le plus cher de l’histoire à seulement 19 ans. En 20 ans, les chiffres des transferts ont été multipliés par 7 voire 8 selon les cas et semblent hors contrôle et sans aucune régulation. Mais que peut-on y faire ? C’est un ensemble de dominos où chacun y prend part à son échelle. Un transfert est une transaction, loin d’être simple avec plusieurs acteurs et le joueur n’en est au final qu’un maillon faible d’où cette question : Anthony Martial avait-il le choix de refuser d’aller à Manchester United ? Non et pourquoi l’aurait-il fait ? Son agent (ndlr: la carrière et l’image d’Anthony Martial sont gérées par Mondial Sport Management) va toucher une commission au passage, et assez conséquente au vu du prix du transfert. Monaco reçoit une somme très importante tandis que Lyon récupère au passage 10 millions d’euros. On remarquera que le joueur ne touche absolument rien dans la transaction, même si un contrat juteux l’attend, mais que plusieurs personnes touchent une part du gâteau. Et encore, on ne sait pas tout. C’est aussi plus compliqué quand un joueur appartient à des fonds d’investissements avec tierce propriété, une pratique interdite en France et au Royaume-Uni et par la FIFA mais sans réel succès. Alors qui pointer comme coupable dans cet assemblage dont le joueur est parfois une victime ? Cela parait bien difficile. Si Anthony Martial a quitté son club pour un autre plus huppé, le talentueux joueur toulousain Wissam Ben Yeder a dû rester à Toulouse au lieu d’aller au FC Séville parce que le club l’a bloqué et a réclamé une plus grosse somme malgré sa promesse mais sans trace écrite, le joueur ne peut rien prouver. Comme on dit les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. On remarque au passage que le joueur a eu une attitude exemplaire puisqu’il n’est pas allé au clash avec le club et qu’il ne s’est pas épanché dans les médias à part deux tweets à la fin du mercato. Alors il est bien souvent facile de pointer du doigt les joueurs et de leur donner le mauvais rôle mais les clubs ne sont pas exempts de tout reproche dans certains cas et loin de là.

L’argent a toujours été existé dans le foot et dans le sport en général et ce depuis bien plus longtemps que certains ne croient. En 1930, le joueur italo-argentin de la Juventus de Turin Raimundo Orsi gagnait déjà sept fois plus qu’un universitaire italien. Le joueur de football est salarié d’un club de football avec un statut particulier et un contrat. Le contrat est une sécurité pour le joueur et permet également au club de récupérer de l’argent, comme indemnité, s’il part avant la fin de son contrat. C’est au club-acheteur de débourser l’argent. L’indemnité se calcule selon les années de contrat restantes mais aussi la valeur du joueur. Il y avait une certaine échelle de valeur tacite et plus ou moins acceptée par tous. Ces dernières années, on assiste à une inflation incontrôlée et les paramètres ont changé. Certains clubs français ont vite compris le parti qu’il pouvait tirer de la richesse des clubs anglais, qui touchent des droits de télé énormes. Aussi un club anglais devra débourser deux fois plus pour s’attacher les services d’un joueur, évoluant dans le championnat français. C’est également le cas du PSG parce que c’est un club riche. Les clubs plus pauvres cherchent à tirer le maximum des clubs riches. Le cercle est sans fin. On a vu aussi apparaître un nombre de plus en plus croissant de prêts payants avec option d’achat obligatoire pour contourner le Fair Play Financier, instauré par l’UEFA et qui doit réguler les budgets des clubs pour éviter de trop grandes disparités, ou bien tout simplement pour échelonner le paiement en attendant de prochaines ventes. On n’est plus dans le domaine de l’indemnité mais bien dans celle du business.

Anthony Martial 2Alors pourquoi Manchester United a mis autant d’argent pour s’attacher les services d’un jeune joueur, doté d’un fort potentiel mais qui n’a encore rien prouvé ? Tout simplement pour anticiper l’explosion du joueur et le prendre avant que sa côte ne soit réellement plus accessible. Aujourd’hui il suffit d’un but ou d’une prestation époustouflante lors d’un seul match de coupe du monde ou de Champions League pour que le joueur soit propulsé joueur de grand talent. Les médias y ont leur part de responsabilité et sont complices. Après tout, ça fait vendre aussi. Il est clair qu’aujourd’hui aucun club ne peut acheter Lionel Messi, dont le prix est tout simplement incalculable et inimaginable…si Anthony Martial a été transféré pour 60 millions d’euros alors qu’en serait-il pour Lionel Messi ou bien Eden Hazard ? Il n’y a tout simplement plus d’échelle de valeur et c’est au cas par cas. Raheem Sterling, à seulement 20 ans, a bien été transféré de Liverpool à Manchester City pour 69 millions d’euros. Il a certes déjà prouvé qu’il était doué. Mais on sera d’autant plus exigeant et impitoyable pour ces jeunes joueurs qu’ils ont coûté beaucoup d’argent. Certains n’ont pas supporté une telle pression et sont tombés dans les oubliettes de l’histoire du football alors qu’ils étaient promis à un bel avenir. Pourtant le club ne perd pas d’argent et amortit le coût du transfert par les recettes marketing et publicitaire comme la vente de maillots et autres produits dérivés, les résultats sportifs qui lui amènent des bénéfices qui peuvent être très importants…Le PSG a ainsi écrit sa storytelling autour de Zlatan Ibrahimovic. Les grands clubs européens font des tournées d’exhibition en Asie, un continent de plus en plus ouvert au football. On est dans une autre dimension avec de nombreuses ramifications et enjeux qu’on est parfois loin de soupçonner. La politique n’est pas toujours très loin…En Espagne, certains présidents de clubs comme le Real Madrid ou le FC Barcelone sont élus par les socios qui sont les supporters-adhérents du club. L’élection dépend des résultats sportifs, des transferts effectués mais aussi du soutien de tel ou tel joueur au candidat. Il ne faut pas aussi oublier que ces clubs embauchent un personnel, qui peut-être important, allant du jardinier au caissier de la billetterie etc… C’est toute une industrie comme n’importe quelle entreprise aujourd’hui !

Les romantiques du football n’ont plus d’illusion à se faire. L’argent a plus que jamais pris le pouvoir dans le football. C’est le business. Le transfert d’Anthony Martial n’en est qu’un exemple de plus. On assiste à une inflation des prix des transferts dont on se demande bien quand elle va s’arrêter. C’est tout un système qui est coupable mais faut-il pour autant le dénoncer ? Et si oui, comment le faire tomber ? Tellement de gens en profitent et vivent avec cet argent qui irrigue plusieurs pans de l’économie mondiale. Et cependant les riches footballeurs ne sont qu’une très infime partie des footballeurs du monde entier. D’autres vont de petits clubs en petits clubs avec des salaires de misère. Ils sont parfois abusés par des agents et des présidents de club intéressés et se retrouvent au chômage sans aucune qualification. Bien sûr ceux-là on les oublie, on les passe sous silence parce qu’après tout le football est là pour faire rêver et qu’on ne tient pas à briser ce si beau rêve. Il est bon parfois de le rappeler. C’est l’autre face de la dure loi du football business !