Anne Coffinier et la Fondation pour l’Ecole : « Il faut chercher à se prémunir de l’Education Nationale ; l’Etat nous y contraint » 

logoFPE_rouge+FPE_bleuàdroite-petit-format2

L’Espace Bernanos recevait ce mercredi 5 octobre 2014 le collectif Liberté Politique, pour une conférence sur la Reconquête culturelle dans et pour les écoles par Anne Coffinier, Directrice de la Fondation pour l’Ecole

ANNE-COFFINIER

« Aujourd’hui, tous les moyens sont bons pour déconstruire le socle culturel dans les écoles », s’insurge François Billot de Lochner, Président de Liberté Politique ; la Fondation pour l’Ecole a pour objectif de redonner une base de références culturelles aux enfants qu’elle prend en charge. Si la maîtrise de la culture est depuis plusieurs générations aux mains d’une idéologie « progressiste » dont la volonté première n’est pas l’instruction, il ne tient qu’aux hommes de bonne volonté d’en faire un combat d’avant-garde, dont la capacité à essaimer au nom du Bien commun sera primordiale pour la construction des générations à venir.  Actuellement plongés dans un « conflit culturel radical où s’opposent deux visions du monde » – partagées entre ceux croyant aux valeurs immuables et les militants des valeurs relatives, c’est bien au triomphe du deuxième postulat auquel nous assistons. Les gouvernants actuels prêchent un relativisme abscons, dont l’interventionnisme se fait ressentir jusque dans les sombres recoins des instances étatiques et supra-étatiques (Européennes, ONU). Triomphe du « chacun son choix », où le meurtre, par exemple, est légalisé et déculpabilisé sous la doucereuse appellation du « droit à mourir dans la dignité ».  Face au conformisme ambiant, l’Occident peine à se départir du systématisme accusateur, où la pensée divergente à celle de la majorité est immédiatement qualifiée de « fasciste », « d’extrémiste » ; depuis quand l’adhésion apparemment uniforme d’une société à un principe peut elle être un gage de caution? Platon doit se retourner dans sa tombe… 

L’école est l’une des victimes majeures de ce relativisme, nouvelle forme de totalitarisme ; alors que sa faculté première était de compléter l’enseignement parental, l’institution a perdu ses qualités instructives et proclame sa vocation éducative dont elle n’a a priori pas la primeur. « Sous contrôle du juge européen, l’Etat s’arroge des droits » à disposer comme il l’entend de l’éducation enfantine, s’émeut Anne Coffinier. L’école ne transmet plus les savoirs mais fait étalage d’un subjectivisme conformiste où règne en maître une laïcité hypocrite, plus prompte à dénoncer l’ordre clérical qu’à promettre la bonne cohabitation entre Hommes de foi opposée. Le refus d’enseigner la Culture Classique s’intègre dans cette volonté d’éradication de l’enracinement, des modèles des Grands Hommes dont la vertu érigée en exemple (exempla virtutis), permettait l’aspiration intellectuelle des jeunes âmes en formation : « A l’âge du mimétisme, l’enfant n’a pas de regard critique, explique la Directrice de la Fondation pour l’Ecole. Il a besoin d’exemples du Beau pour s’émerveiller ». L’enfant est désormais sommé dès son plus jeune âge de faire appel à son jugement critique ; mais comment proposer un regard objectif sans une base culturelle historique à laquelle se référer ? Instauration de l’Historiographie avant l’Histoire, c’est la victoire de l’enseignement d’une « Histoire mémorielle » manichéiste, dont le plus grand succès a été jusqu’alors d’ériger en ennemis des civilisations millénaires, réduites à demander l’absolution pour des crimes non commis  par les présentes générations ou à se prosterner devant des communautés geignardes faisant la promotion mortifère de leur sombre passé (ndlr). Les manuels d’Histoire opèrent en ce sens une véritable réécriture révisionniste. 

Quel est l’objectif de l’attitude observée par l’Etat à l’égard de l’Ecole ? L’engendrement d’un être bien-pensant, citoyen d’un monde en proie à une insipide uniformité dont le caractère malsain est mis en lumière par l’important taux de suicide chez les 15-25 ans (première cause de mortalité avant les accidents de la route !) Ouvertement proposé comme une idéologie, l’enseignement français est devenu un lieu de « configuration de l’enfant » (V. Peillon) où l’illettrisme n’est plus combattu mais où l’on apprend aux enfants que l’épanouissement sexuel sera la clef de son Salut. 

Quelles sont les solutions proposées par la Fondation Pour l’Ecole ? « Il faut chercher à se prémunir de l’Education Nationale ; l’Etat nous y contraint », affirme Mme Coffinier. Rappeler aux acteurs de ce ministère (professeurs des écoles privées et publiques) leur vocation initiale afin qu’ils retrouvent le goût d’un enseignement libre et responsable, où la valeur de leur travail est reconnue – c’est-à-dire où l’instituteur est tenu comptable du résultat de l’élève. Faire une caisse de compensation pour tout professeur s’étant fait sanctionner financièrement pour avoir refusé de cautionner les mises en oeuvres ministérielles encouragerait ceux-ci à adopter une attitude propice à la libéralisation de l’enseignement. Supprimer la carte scolaire et concerner davantage les parents dans la vie scolaire de leurs enfants stimuleraient également la reconquête culturelle. Enfin, il conviendrait de mettre fin au verbiage consensuel tenant l’égalitarisme comme Absolu ; les enfants ne sont pas égaux et l’école doit s’adapter aux besoins individuels sans pénaliser les antagonismes. La création de classes hors contrats (possibles y compris dans des écoles sous-contrats) permettrait sans doute une plus grande liberté d’enseignement. 

L’élan salvateur viendra des initiatives civiles ; les défis qui nous attendent nécessitent à ce que nous soyons emprunts de sagesse puisant dans notre culture Classique. Il faut favoriser l’apprentissage dans le silence où la lenteur est primordiale, rappeler la valeur de la simplicité dans le discours, revaloriser les relations didactiques maître-élève. Alors à la question « Faut-il nous penser comme des dissidents, des fers de lance d’une contre-culture? », Anne Coffinier répond sans hésiter « J’ai bien peur que oui ».