Affrontement Le Pen: le FN va-t-il fonctionner comme l’UMP et le PS ? 

 le pen philippotL’affaire Le Pen est sans doute bien plus qu’un psycho-drame ou n’est pas comparable à l’affrontement Marine Le Pen-Aymeric Chauprade. Alain Jamet, membre fondateur du parti, le reconnait lui-même dans le Figaro : on n’a jamais connu un tel niveau de tension au sein du Front National. On ne sait encore ce qui va en sortir mais sans doute rien de bon et une mesure d’exclusion de Jean-Marie Le Pen semble à l’ordre du jour, une véritable rupture. L’affaire semble montrer une fois de plus que loyauté en politique n’a jamais existé même au sein d’un parti, qui se dit vent debout contre la tyrannie médiatique et le « politiquement correct ». Le FN se moquait de l’UMP et de leurs querelles internes et pourtant il fait pareil et il s’est mis tout seul dans cette situation.

Si on revient au début, tout a commencé par une interview de Jean-Jacques Bourdin, déjà rappelé à l’ordre par le CSA pour avoir usé du même procédé avec Roland Dumas. Les médias semblent très intéressés par ce qui s’est dit il y a plus de 30 ans, histoire de relancer une polémique. Mais après tout, tout le monde sait que Jean-Marie Le Pen ne se rétracte pas sur ce qu’il dit et que son discours est rarement « langue de bois », contrairement à de nombreux politiques. Il n’y avait pas donc de quoi être surpris. Sur ce, Rivarol a voulu faire son « buzz », en devançant sur ce coup Présent. On peut penser aussi que le journal a voulu faire passer un message au FN. En pleine polémique, Jean-Marie Le Pen était le candidat idéal. On peut dire que cela a plutôt bien marché et que les ventes du numéro vont sans doute exploser sans entraîner la même frénésie que pour Charlie Hebdo. Il faut souligner que l’hebdomadaire a bien pris soin de publier des extraits avant pour faire monter les enchères. Peut-on pour autant les en blâmer ? Ils ont fait leur travail dans ce qu’est devenu aujourd’hui le système médiatique si bien sûr c’est ainsi qu’ils conçoivent le journalisme. Mais encore une fois, ce n’est sans doute pas le plus grave dans toute cette histoire. Le plus grave c’est la réaction et l’exploitation qu’en a fait le Front National.

On savait depuis déjà un moment que le courant ne passait plus entre la fille et le père, un problème sans doute générationnel. Mais chaque parti a ses tensions entre personnalités politiques surtout quand celui-ci est grand de par son importance. Ce n’est pas pour autant que des déclarations provoquent un tel acharnement médiatique non pas des journalistes mais des personnalités politiques du FN lui-même. Depuis hier, il n’y a pas un cadre du parti qui ne soit exprimé à travers les médias ou bien encore les réseaux sociaux pour condamner Jean-Marie Le Pen et prêter allégeance totale à Marine Le Pen. Peut-on aller jusqu’à dire que le parti fonctionne en mode dictature ? Florian Philippot, qui semble abonné aux radios et chaînes de télé depuis bien longtemps en tant que seule voix officielle du parti, a occupé comme d’habitude le terrain médiatique. D’ailleurs qui est Philippot par rapport à Jean-Marie Le Pen ? un arriviste qui ne serait rien au FN si son fondateur ne s’était pas battu pendant des années contre un système qui voulait sa mort. Le FN n’a cessé de critiquer l’UMP pour ses positions frileuses et ses sanctions vis-à-vis de ceux qui font alliance avec le FN ou qui appellent à voter FN. Il s’est moqué de lui lors de l’affrontement Copé-Fillon. Il se dit également pour la liberté d’expression, contre le système médiatique mais à la première occasion, il n’hésite pas à lâcher un des siens pour s’acheter une respectabilité. C’est comme si tout le monde protégeait ses arrières pour ne pas perdre son poste. Alors certes le parti se normalise mais si c’est pour avoir un fonctionnement et des histoires semblables à l’UMP ou le PS, où est la différence avec les partis dit du système selon sa propre rhétorique ?

Il fallait s’y attendre les médias n’ont pas tardé à prendre la brèche qui s’était entrouverte pour forcer Marine Le Pen à prendre position tel un ultimatum. Il faut bien le rappeler, ce sont les médias qui à partir de Rivarol ont monté ça comme un affrontement père-fille, l’affrontement de trop. Au passage, on peut noter que Jean-Marie Le Pen s’est exprimé personnellement et non au nom du parti mais cela devient quand même affaire d’état pour le FN. Marine Le Pen leur a donné satisfaction avec des mots assez habiles pour tenter de calmer un certain électorat plus droitier. Elle a parlé de l’intérêt bien commun de la France. C’était bien joué. Le gage patriotique pour son électorat est donc sauf. Il est important de rajouter aussi : le gaullisme, dont chaque formation politique se glorifie aujourd’hui même si elles ne sont en rien gaullistes. Le FN n’a jamais été réputé pour être gaulliste mais depuis Philippot s’est terminé et il le dit haut et fort. Tout cela est donc très honorable mais cela risque de ne pas satisfaire les médias, qui en demandent toujours plus. L’Express était tout fier de donner la parole à un élu du FN, sorti de l’ENA, déclarant que Marine Le Pen n’était pas prête à gouverner pour 2017 et on peut penser que dans les jours qui vont venir, beaucoup d’autres seront appelés à s’exprimer dans les médias. Cela confirmera aussi le tripartisme de la France. Le FN risque de plus en plus d’être analysé sur la même échelle que l’UMP et le PS. Causeur l’a très compris, lui qui titre : « Le FN, dernier rempart contre l’extrême droite? » Cette rupture pourrait être bien l’aboutissement d’un lent processus entamé depuis 2011 visant à obtenir le pouvoir à travers une stratégie de dédiabolisation pour l’instant efficace.

La réalité, c’est qu’au lieu d’éteindre la polémique le FN a contribué à l’entretenir. Le parti va faire parler de lui jusqu’au prochain bureau politique et occuper l’espace médiatique pour des histoires de querelles internes. En toute discrétion, on a appris que l’UMP allait organiser une primaire ouverte pour 2017 et s’appeler : « les Républicains » tandis que le gouvernement fait passer sa loi Santé à l’Assemblée. Le FN, lui, participe au même cirque politico-médiatique où on privilégie le spectacle aux problèmes de fond. D’ailleurs l’UMP n’a pas réagi. Il n’en a pas besoin. On peut même penser qu’à l’avenir l’électorat de droite aura de plus en plus de mal à choisir entre l’UMP et le FN.