Affaire Zlatan Ibrahimovic : l’incroyable instrumentalisation et récupération politique 

zlatan ibrahimovic psgLa récente polémique sur les propos de Zlatan Ibrahimovic ne va sans doute pas attirer les stars étrangères en France. Pour certains, ce serait anodin et après tout il n’aurait pas tort sauf qu’au vu de l’ampleur qu’a pris l’affaire, c’est loin de l’être. Le discours serait différent si on n’avait pas choisi de nationaliser et politiser l’affaire, du FN jusqu’au premier ministre. Seul l’UMP s’est abstenu de réagir. On a envie de dire : beaucoup de bruit pour rien car après tout cela ne reste que du foot. Si cela ne nous a rien appris de nouveau sur l’ego surdimentionné de la star parisienne, cela nous confirme que malgré les dires répétés de certains le foot a plus d’importance qu’ils ne le disent.

Il faut repartir du début pour comprendre que les propos de Zlatan Ibrahimovic n’avait rien d’un communiqué ou d’une déclaration solennel mais des mots dits après la frustration de la défaite et qui ont été captés par une chaîne de télévision Canal +. Ce n’est qu’après que le journaliste décide de les publier que la polémique prend forme, tout comme une certaine une du journal l’Equipe lors du mondial 2010, qui marque pour le sociologue Stéphane Beaud le franchissement d’une ligne rouge et le durcissement des relations entre journalistes et joueurs comme il le montre dans son livre Affreux, riches et méchants ? un autre regard sur les Bleus, paru en 2014. Il y a de plus en plus un rapport de confrontation, le journaliste cherchant à faire usage de sa possibilité de contre-pouvoir pour atteindre un joueur ou un groupe. Nous n’irons pas jusqu’à suivre Stéphane Beaud dans sa démonstration quand il dit que les journalistes sportifs sortent de plus de milieux dit favorisés, comprendre bourgeois, et qu’ils veulent se payer les milieux populaires et des banlieues (ndlr : Ibrahimovic est issu d’une famille immigrée et a grandi dans une banlieue de Malmö) dont ils jalousent les salaires élevés mais il y a sans doute du vrai. En revanche, quand il dénonce ce nouveau système de la presse sportive à la recherche du moindre scoop pour doubler les concurrents et qui se croit arbitre du bien et du mal dans le foot, on ne peut qu’être d’accord et on en a encore un exemple.

On connait désormais le circuit en France. Un journaliste sort le dérapage, les médias nationaux répercutent, la toile s’enflamme, les politiques réagissent, l’intéressé s’excuse. La boucle est bouclée. Au passage, suivant la personne concernée, cette condamnation médiatique peut broyer. C’est pourquoi il est assez étonnant de voir Marine Le Pen s’emparer de cette polémique alors que son parti se plaint régulièrement d’être l’objet de cabale médiatique pour des propos sortis de leur contexte. Mais on sait pourquoi elle l’a fait, c’est parce que c’est le PSG, le Qatar mais aussi Zlatan Ibrahimovic. Issu d’une famille immigrée, ce dernier a été souvent la cible des élus du parti des Démocrates, un parti proche du FN, qui ne le trouvent pas assez suédois dans son attitude. Commentant les dernières élections en Suède, la star suédoise avait déclaré que les gens étaient ignorants. On comprend mieux pourquoi il ne plait pas au FN. Quant au gouvernement, il faut y voirzlatan ibrahimovic psg2 sa lutte contre le « french bashing », énervé par une morosité et un pessimisme ambiant de plus en plus forts au sein de la population française. Il faut empêcher les jeunes français de quitter la France. Il est toujours amusant d’entendre ces mots dans la bouche d’un Manuel Valls qui s’est dit choqué : « Il doit se rendre compte que chaque mot compte dans cette période un peu trouble et où chacun perd ses repères. » Il y a quelques jours encore, il promettait au FN de le stigmatiser jusqu’au bout, reniant son caractère républicain, dans un discours plus qu’haineux face à une jeune député frontiste de 25 ans. On a atteint le sommet de la récupération politique pour ce qui n’est après tout que du foot.

« Chaque jour, depuis que je suis à Paris, je passe de très bons moments. Mais je n’ai pas de regrets et personne ne me fera changer d’avis. Depuis le premier jour de mon arrivée ici, j’ai passé de bons moments, et il y en aura d’autres. Donc ne déformez pas mes propos, il ne s’agissait que de football, alors parlons de cela. Parce que le football ici est ce qu’il y a de plus important pour moi », voilà ce qu’a déclaré Zlatan Ibrahimovic dans une nouvelle vidéo d’excuses, postée hier sur le site officiel du PSG. Souvent les gens se plaignent de la trop grande importance accordée au sport dans l’actualité mais ce sont les mêmes qui se sentent offensés et qui s’indignent des propos d’une star de foot et qui participent à ce cirque médiatique. Prenons Zlatan Ibrahimovic pour ce qu’il est : un grand joueur de football à l’ego surdimensionné sans doute un peu aigri parce qu’il est en fin de carrière et qu’il n’est plus aussi décisif et important qu’à son arrivée au PSG. Ce n’est pas pour rien que ce joueur n’a pas eu la carrière d’un Lionel Messi ou d’un Cristiano Ronaldo. Il lui a manqué ce petit plus qui fait qu’il n’a pas été un très grand joueur. On lui accorde beaucoup trop d’importance. Il y a quelques jours, on parlait de récupération politique alors que le gouvernement était à deux doigts de décréter un deuil national pour la mort de trois sportifs français dans un accident d’hélicoptère. C’est tout aussi le cas avec la polémique Zlatan Ibrahimovic. Pendant que chacun donne son avis, le gouvernement peut continuer tranquillement sa politique.

Pour finir, le réel scandale c’est cette manière répétée qu’ont entraîneurs, joueurs et maintenant présidents de critiquer ouvertement les arbitres, seule autorité sur le terrain de foot. Il n’y a plus de respect pour le corps arbitral et les rôles en seraient presqu’inversés. Tout le monde se souvient des excuses du président de la LFP au président du PSG pour l’arbitrage de Lens-PSG, des excuses qui avaient choqué avec raison. L’autorité de l’arbitre est sans cesse contestée et cela ne devrait pas être le cas. Il faut attendre une polémique nationale pour que la commission de discipline ou le conseil d’éthique ne se saisisse de dossier en rapport avec l’arbitrage pour sévir et punir. Pour autant cette polémique valait-elle une telle récupération politique ? Franchement non !