14 juillet: l’opération Sentinelle en question 

militaires vigipirate2Cette année, le défilé du 14 juillet a été réduite de 15 mn avec une réduction d’un quart du nombre d’engins et l’absence des chars Leclerc (ce sont les pavés des Champs-Élysées qui ont été contents!).  En soi, cette réduction n’a rien de spécialement choquant mais c’est surtout le contexte dans lequel elle intervient qui pose question: l’opération Sentinelle. En plus de cette réduction, les exigences de l’opération ont fait que les militaires français ne sont pas allés à la rencontre de la population francilienne comme c’était le cas traditionnellement. Les militaires français ont eu la consigne de regagner au plus vite leur garnison après le défilé. C’était soit pour prendre la relève des soldats de garde soit pour partir en permission. Cela montre la contrainte d’une telle opération d’envergure de protection du territoire national. Des critiques et des interrogations commencent à poindre avec plus d’insistance.

Dans une interview à Sud Radio hier, le colonel Michel Goya était assez critique sur l’opération Sentinelle et la présence de l’armée dans la rue: « La place de l’armée n’est pas dans les rues de France. Elle est là pour combattre l’ennemi au-delà de nos frontières. D’un point de vue strictement militaire, c’est une victoire de l’État Islamique car nos hommes sont en France », parlant d’effets pervers « Ce sont des hommes qui ont moins de temps pour s’entraîner à leur vrai métier. Le métier militaire est complexe. Il demande un entraînement permanent. Cette nouvelle mission perturbe la préparation des armées, c’est certain. Ils se reposent moins, ils prennent moins de permissions. (…) En plaçant les militaires dans les rues, en « pots de fleurs », on les transforme en cibles. C’est relativement facile de surprendre des soldats en faction, de tirer à distance. On en fait des cibles relativement faciles. »  Pour lui, il ne faut pas confondre les missions de l’armée avec celles de la police: « La mission de police et la mission de guerre sont différentes. La mission de guerre, on affronte un ennemi, arme à la main. La mission de police est de neutraliser les personnes qui contreviennent à la loi. Ce n’est pas tout à fait la même chose. » Mais plus surprenant, il se pose des questions sur les motivations du gouvernement de repousser certaines coupes budgétaires dans le budget de la Défense: « Soit ces attentats étaient une surprise, et que ce soit une surprise me paraît une surprise en soi. Soit on n’est pas surpris et il faut s’interroger sur pourquoi on change de politique de défense. Quelque chose m’échappe.« 

Dans un article du 13 juillet, Le Monde sur son blog Défense en ligne s’est penché sur ces nouvelles missions de l’armée dans la rue dans un article intitulé:L’armée dans la ville : amie ou ennemie ? Le général Bosser, chef d’état-major de l’armée de terre, parle d’une situation difficile à appréhender: « Nous devons nous poser des questions : qui fait quoi ? Face à quel ennemi ? Si l’on doit jouer un rôle dans la sécurité intérieure, jusqu’où veut-on aller ? Qu’est-ce qui n’est pas notre métier ? » Citant l’ASAF (association de soutien à l’armée française) et le général Jean-Claude Thomann, ancien chef de la Force d’action terrestre, l’article évoque la gesticulation et le symbole d’une telle opération au détriment d’une protection réelle et efficace. Pour le général Desportes, aujourd’hui professeur associé à Sciences Po Paris et qui était interrogé par Le Figaro, il va falloir choisir augmenter le budget ou mieux choisir les opérations dans lesquelles on engage l’armée française:  » L’armée française est sur-engagée par rapport à ses capacités. Elle n’est donc pas capable de déployer sur chacune de ses opérations les effectifs et les moyens nécessaires. Ce faisant, elle a du mal à parvenir à des résultats rapides et convaincants. On l’a vu au Mali et en Centrafrique, on le voit aujourd’hui dans les opérations Barkhane et Sentinelle. Ce qui s’impose serait soit de renforcer les moyens, soit de faire des choix dans les opérations dans lesquelles la France décide de prendre part (…) Parce qu’elle n’a pas les moyens des missions qu’on lui donne, l’armée française, qui est une armée d’excellence, ne parvient qu’à des résultats tactiques trop ponctuels pour réaliser sur le long terme un résultat stratégique performant. L’effort fait par le président de la République le 29 avril pour renforcer le budget des armées est significatif mais très largement insuffisant. »

Hier, lors du traditionnelle interview du 14 juillet, François Hollande n’a pas laissé entendre que l’opération Sentinelle baisserait en intensité dans les mois à venir. Elle se poursuivra dans les mois qui viennent: « 30.000 policiers militaires gendarmes mobilisés, ça va durer. Rien ne sera relâché (…) Je ne veux pas que les Français puissent avoir le moindre doute sur le dispositif mis en place. » La question est jusqu’à quand ? Le dernier attentat a montré que le risque zéro n’existe pas et qu’on ne pourra pas protéger tous les lieux, qui pourraient être potentiellement visés. Alors qu’on ignore toujours les causes exactes de l’incendie de l’usine pétrochimique de LyondellBasell, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a demandé une « vigilance renforcée » sur tous les sites industriels, notamment ceux classés SEVESO. Cela signifie-t-il une protection policière ou militaire ? A force d’ajouter des sites à surveiller, la situation pourrait vite devenir explosive voire ingérable. Mais quand le gouvernement pourra-t-il prendre la responsabilité de mettre fin à l’opération Sentinelle sans que cela nuise à sa réputation ? Plus les jours passent et plus cette décision sera difficile à prendre mais l’opération Sentinelle ne pourra pas durer éternellement ou alors les terroristes auront gagné en terme d’images !